Villa Angélique

30 août 2013

Il y a encore un an, la Maison de Boisviliers attaquée par les termites s’effondrait tristement. Aujourd’hui, l’hôtel-restaurant La Vila Angélique resplendit dans un jardin créole préservé. C’est ainsi que patrimoine et modernité se conjuguent brilamment.   

Rassurant de savoir que comme malheureusement beaucoup de nos vieilles dames créoles, cette maison ne terminera pas sa longue vie requalifiée en bureaux ou en lieux « de culture patrimoniale ». On va y manger, dormir, rêver, flâner, se détendre, rire... on va la vivre, la respirer. Elle n’est pas sous cloche, elle n’est pas dédiée à une autre fonction que celle pour laquelle elle est sortie de terre, elle existe. Vous avez dû la voir pousser ces derniers mois, si vite que l’on s’en étonnait tous.

Entre l’idée du projet en 2008 — ce rêve d’Angélique et Jacques Tanguy — sa mise en oeuvre, le début des travaux et leur livraison, il ne s’est déroulé que trois années dont moins d’une pour la construction. Les puristes, respectueux du savoir-faire acquis, apprécient que l’on ait choisi de la reconstruire «en tout bois», en préférant des essences locales ou exotiques. Vous savez, celles qui résistent à notre climat et en tempère les ardeurs, celles qui se patinent, qui grincent aussi, qui demandent à être chevillées, cirées…

Le raffinement des façades respectées dans leur intégralité peintes dans un camaïeu de gris chauds et froids) accompagne une réinterprétation des espaces intérieurs proposant une circulation harmonieuse. L’intégration d’un ascenseur se fait judicieusement à l’arrière de la maison. Les cuisines se retrouvent comme au tan lontan dans la longère et le jacuzzi, traité comme un bassin, apporte fraicheur au coin de détente appuyé sur les murs en bardeaux. Point de verrues du genre climatiseur ou antennes!

La maîtresse des lieux n’a pas souhaité confier la décoration à un architecte d’intérieur. Elle s’est fait confiance, chinant des meubles de la Compagnie des Indes, y associant des éléments plus récents de facture «indiano-tropicale», des assises et luminaires contemporains. Les tissus viennent de la maison Léa d’Aubray. Quelques lithographies de Roussin ponctuent les murs et donnent à l’ensemble une atmosphère créole. La décoration – au fond plutôt « classique » – est revigorée par l’usage du rouge qui souligne de fleurs les agencements des pièces de réception, couvre le sol en béton des douches à l’italienne et illumine le lustre Murano qui depuis le hall, la nuit, interpelle le passant.

Attentive au confort de ses hôtes, La Villa Angélique propose miroir de courtoisie dans les salles de bains (un luxe auquel on devrait songer plus souvent, la population vieillissant !), machine à expresso, télévision et wifi dans chaque chambre. Celles-ci offrent une atmosphère feutrée due en grande partie aux parquets en tamarin.

Le romantique jardin créole aux 70 espèces endémiques est plaisant et soigneusement préservé. Quelques aménagements en deck et terrasses y autorisent une circulation agréable. Un jardin vertical agrémente l’espace terrasse tout en le préservant du bruit de la rue Roland Garros. Un second jardin vient emballer la cage d’ascenseur et répond aux murs en bardeaux et en bois qui le jouxte.

Il fallait la volonté de Madame Henria de Boisvilliers, la passion de deux jeunes Réunionnais — Angélique et Jacques Tanguy — le soutien de l’Etat et le talent de l’architecte Denis Masson pour que cette maison soit debout et nous devienne contemporaine par l’intégration intelligente de toute la technicité du XXIe siècle. Bravo.


Textes: Béatrice Binoche - Photos Christophe Pit

 

D’une maison à l’autre 

A l’origine, la propriété s’étendait de la rue de l’Arsenal (actuelle rue Roland-Garros) jusqu’à la rue Sainte-Marie. En 1808, une première maison est construite sur la partie nord du terrain. En 1893, Alphonse Aubinais construit la maison connue aujourd’hui sous le nom de maison de Boisvilliers et ses dépendances. En avril 1923 Julien Dupont embellit la façade d’un bow-window et décore l’intérieur de faux-plafonds. A partir de juin 1962, Henria de Boisvilliers occupe la maison. Elle en sera la gardienne vigilante. Cette délicieuse vieille dame, première femme chirurgiendentiste de la Réunion, s’est battue pied à pied pour que sa demeure ne disparaisse pas. En novembre 1994 elle écrit à l’architecte des bâtiments de France pour obtenir l’inscription de sa maison. "J’aurai à coeur de savoir qu’elle ne sera pas démolie et remplacée par des blocs de béton.” Le 29 mars 1996, la maison de Boisvilliers est inscrite sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Yves Augeard fait droit à la requête d’Henria de Boisvilliers. “L’extrême raffinement de l’architecture et du jardin créole illustre à merveille la symbiose de l’ordonnancement néoclassique et du décor romantique des villas créoles de la fin du XIXe siècle.” Sont inscrits, la villa, le jardin, où en 1991, l’association Jardins créoles avait répertorié plus de 400 plantes rares, les clôtures, le barreau, la terrasse et les dépendances.


Monuments historiques, Saint-Denis, Mairie de Saint-Denis, Océan Editions, 2005