Urbanisme à La Réunion: réflexions et conseils de l’architecte

Selon les dernières statistiques 200 000 Réunionnais sont potentiellement menacés d’inondation. Est-ce que cela signifie que La Réunion s’est construite en dépit du bon sens?

Tout le monde est dans une logique de prise en compte accrue des risques, et c’est normal : au fur et à mesure que se développe la connaissance des risques, comme la mise au point des moyens de s’en protéger, l’exigence des citoyens et donc la règlementation évoluent. On peut simplement observer que l’urbanisme n’a pas fait l’objet, ici comme en métropole, d’une attention aussi soutenue que pour la construction, tout simplement parce qu’il n’existe pas pour les infrastructures, de responsabilité équivalente à celle du bâtiment par exemple. Les études et les compétences en matière d’aménagement n’ont sans doute pas été à la hauteur de la croissance péri-urbaine exceptionnelle de l’île, et les conditions extrêmes de notre climat tropical (humidité, pluviométrie, océan, volcan) peuvent faire craindre de gros désordres, et c’est la raison pour laquelle il faut bien mettre en place ces plans de prévention inondation et mouvements de terrain qui limitent maintenant fortement les capacités de construire.


La vulnérabilité des constructions face au risque cyclonique s’est-elle aggravée au cours des vingt dernières années?

Non, dans le sens où on construit bien plus solide qu’avant. Oui dans le sens où l’imperméabilisation des sols couplée à des infrastructures bricolées exposent les constructions aux torrents de boues, voire au déchaussement. Bien-sûr il reste le cas des constructions et extensions elles aussi bricolées, sans architecte, sans permis, n’importe où. Là le risque est équivalent à celui du début du vingtième siècle.

La référence aux 20 dernières années rappelle qu’il n’y a pas eu de phénomène cyclonique très puissant pour rafraîchir la mémoire des anciennes générations et préparer les nouvelles générations. On peut donc craindre pas mal de surprises et de «petites misères» là où les réflexes se sont émoussés : entrées d’eau sous les portes, regain de moisissures, pas de bougies ou de piles, antennes et paraboles non démontées, voiture esquinté par des branches … C’est ici le seuil d’acceptabilité des petits désagréments qui sera intéressant d’observer.

Mais on peut craindre aussi des sous-dimensionnements, par des personnes qui n’ont par exemple jamais vu une porte-fenêtre se gonfler et exploser le petit verrou qui la maintenait (il faut des serrures à 3 points), ou se soulever un toit insuffisamment ancré : là les risques sur les biens et surtout les personnes peuvent être désastreux.


Comment les particuliers peuvent-ils se prémunir contre les cyclones?

On ne pourra pas ici énumérer toutes les dispositions constructives adaptées, mais simplement tenter de rappeler les gestes à accomplir à l’annonce d’un cyclone :
— regarder autour de soi et imaginer tout ce qui peut s’envoler, se tordre, être projeté ailleurs (donc rentrer à l’intérieur > lester et arrimer)
— imaginer un « Karcher » à l’œuvre : eau poussée sous pression s’infiltrant partout (donc prévoir serpillères en quantité suffisante, être présent pour pouvoir dévier un flux soudain avant qu’il ne fasse trop de dégâts : sacs de sable, si le dévers de sa rue est insuffisant. Rappelons que le seuil normal et règlementaire entre l’intérieur et l’extérieur doit être de 10 cm. Pour un terrain plat ! parce qui si on est confronté à des pentes défavorables, il faut prévoir plus. Traditionnellement on dit qu’une case doit être surélevée de la hauteur de 3 marches au minimum.


Comment fonctionne le système d’assurance des bâtiments face à des vents de plus de 200 km/h?

Les bâtiments construits dans les règles sont couverts par une garantie trentenaire pour la stabilité et décennale pour le clos et couvert. Les assurances garantissent donc les bâtiments jusqu’aux valeurs de vent «règlementaires» : 210 km/h plus 20% de coefficient de site en général, donc autour de 250 km/h. Les bâtiments publics ont généralement intégré une valeur de 80 m/s, c’est-à-dire 288 km/h.


Mais ce sont là les valeurs de garantie de stabilité seulement.

Pour l’étanchéité des baies, je crois me souvenir que la vitesse de vent limite c’est 160 km/h ou 45 m/s. Au-delà de ces valeurs, les assureurs ne sont plus engagés (sauf à prouver que même à des valeurs inférieures le bâtiment n’aurait de toute façon pas résisté !). C’est alors l’état de catastrophe naturelle qui permet à la collectivité d’intervenir par des fonds de secours : système de répartition en fonction de l’estimation globale des désordres constatés.


Entretien Franck Cellier
Le Quotidien de La Réunion, 17/10/2012

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