Une petite heure pour une riche année

C’est une AG riche d’une année très active pour le qui s’est tenue au Port le 17 juin dernier. Entre l’ouverture vers les pays de la zone, l’arrivée de la médiation, l’organisation autour des enjeux de l’achat public, l’émancipation de l’école d’architecture, sans oublier la nouvelle loi sur l’architecture, la première votée par le parlement depuis 40 ans.

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Éric Hugel, le président du a animé une AG au menu chargé.

“Un chameau, c’est un cheval dessiné par une commission d’experts.” C’est par une note d’humour, ou plutôt cette citation de Francis Blanche que le président Eric Hugel a ouvert la réunion annuelle des architectes au Port. Lui qui a passé justement de nombreuses heures cette année de réunions en commissions (mais heureusement pas forcément stériles) pour représenter la profession tant au niveau régional que national. Cette entrée en matière faite, le président pouvait lancer les bilans. Claude Forge enchaînait ainsi en présentant le tableau des effectifs de l’année: 306 architectes inscrits dont 133 libéraux, 124 sociétés, le reste étant composé de salariés. Le bilan financier, équilibré à hauteur de 210 000 euros, est présenté en vidéo par Stéphanie Girardot, retenue à Paris au Conseil national de l’ordre des architectes. L’occasion de tirer une petite sonnette d’alarme puisque 30 architectes de l’île sont en défaut de cotisation en 2015, mais surtout 25 architectes et sociétés sont en défaut d’assurance et font donc “porter un risque sur toute la profession.” Eric Hugel rappelle qu’en ce moment le CNOA, face aux baisses relatives d’effectifs de la profession et à la complexification de ses missions, réfléchit à une éventuelles hausse des cotisations.

La médiation bientôt inclue dans le contrat

Pour poursuivre sur les missions régalienne de l’Ordre, un point est ensuite fait sur les chambres de discipline. Cette année, deux chambres ont été convoquées pour signatures de complaisance. Elles ont donné lieu à une suspension de six mois et une radiation. “C’est un travail qu’on va continuer à faire. Nous sommes maintenant rodés à la procédure et on continuera à être vigilants” prévient Eric Hugel. Concernant les conciliations, Bruno Rascol note une petite baisse cette année des procédures avec 18 conciliations de juin 2015 à juin 2016. Les motivations restent “malheureusement” classiques, avec d’un côté des maîtres d’ouvrage qui ne paient pas leurs architectes et d’un autre côté des maîtres d’ouvrage qui ne sont pas satisfaits de leurs architectes. Enfin, un tiers des conciliations porte sur des suspicions de concurrence déloyale, aspect réglementé par la charte de 2012 et par le code de déontologie. A noter que la charte de 2012 est en train d’être réactualisée tandis que les droits et devoirs de l’architecte sont en pleine refonte.

Bruno Rascol annonce par ailleurs que dans les années à venir les médiations seront amenées à se multiplier, l’État français souhaitant “désengorger ses tribunaux” et privilégier cette voie douce. Une clause prévoyant la médiation sera même obligatoirement insérée dans les contrats de maîtrise d’œuvre tandis qu’une liste des architectes médiateurs agréés devra être disponible dans chaque région. Eric Hugel enjoint donc ses confrères à s’inscrire dans les futurs formations de médiateurs. “ Si on ne le fait pas, ce sont les avocats qui vont s’emparer du sujet, et comme ils ne connaissent pas forcément notre métier, ça va être chaud.”

Une déclaration de formation obligatoire

Pour poursuivre sur les fonctions régaliennes de l’Ordre, Jean Tessier évoque les formations organisées cette année, rappelant l’efficacité du “pôle formation” mis en place avec le CAUE, la DAC-OI, l’école d’architecture, l’université et le SAR (Syndicat des architectes de La Réunion). Un pool qui permet de proposer une offre diversifiée à des coûts relativement bas comparés aux autres régions. Jean Tessier cite entre autre la formation “OPC/pilotage de chantier” et “handicapibilité” qui ont réunis de nombreux confrères. Une offre qui devrait encore être développée dans les mois et années à venir puisque comme le rappelle Jean Tessier, les formations ont désormais un caractère obligatoire. “D’ailleurs chaque architecte doit faire une déclaration de formation, laquelle peut être contrôlée par les instances. J’invite tout le monde à se mettre au diapason. »

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Jean Tessier a rappelé l’efficacité du “pôle formation”.

Bruno Rascol fait ensuite un résumé des travaux engagés avec le Club Export auquel le est adhérent depuis mars 2015. Une démarche qui traduit une volonté nouvelle des professionnels de La Réunion de faire valoir leurs compétences en architecture tropicale en dehors de l’île et d’aller chercher des marchés extérieurs. L’année a été riche puisqu’elle a vu une délégation se déplacer à Maurice sur le thème des Smart city ainsi qu’à Madagascar où les confrères Bruno Rascol, Pierre Rosier, Patrice Rivière et Jean Tessier ont pris acte notamment des besoins en formation initiale et continue. Ces contacts avec les professionnels de la zone pourraient être pérennisés et formalisés au sein d’une association ou fédération. “Pourquoi pas monter comme nos homologues caribéens une fédération des architectes de l’océan Indien?” s’interroge Bruno Rascol.

Le SBA pour faciliter l’accès aux marchés publics

Mais la profession s’organise aussi à La Réunion, autour notamment du “small business act” (SBA). Les architectes, via le CROAR, s’apprêtent ainsi à rejoindre treize autres organisations professionnelles pour donner naissance à l’association SBA Réunion. Il s’agit de la première association créée par des professionnels sur l’île autour des enjeux de l’achat public. Grâce au SBA, le vivier économique de petites entreprise aura enfin la possibilité d’accéder aux marchés publics. “Sans cela, parvenir à remporter des appels d’offre face à des grands groupes relève parfois du parcours du combattant pour les TPE/PME” relève Jean Tessier. En période de crise économique, il est devenu vital que l’acte d’achat public soit aussi un acte de développement économique, capable de préserver et de développer nos filières locales. “L’intérêt majeur c’est qu’on retrouve les archis avec et pas face aux maîtres d’ouvrages. L’intérêt, c’est que les dossiers aillent dans le sens de l’intelligence et pas dans le sens des intérêts personnels” complète Jean Tessier qui s’apprêtait à représenter le CROAR dès le lendemain à la première conférence de presse de la toute jeune association à Stella Matutina. Eric Hugel en profite pour glisser que le musée de Stella justement pourrait prochainement mettre à disposition des architectes une salle afin d’y organiser une fois par mois des réunions délocalisées du CROAR et satisfaire ainsi la demande des confrères du Sud. “Ça devrait se faire dans les prochains mois” veut croire le président. “Et ça tombe au bon moment. Nous allons devoir participer à de plus en plus de comités d’experts, soyez là s’il vous plaît, on a besoin de tous.”

Vers un pavillon de l’architecture

Parmi les actions de l’année, impossible de ne pas parler du désormais traditionnel rendez-vous du “salon”. Comme chaque année depuis trois ans, les architectes ont en effet participé au Salon de la maison. “Même si nous n’avons pas encore une grosse visibilité, c’est devenu un rendez-vous incontournable avec le public” ajoute le président qui a l’ambition de pousser justement cette visibilité pour les éditions à venir. “Avec la MAR (Maison de l’Architecture de La Réunion), on souhaite mettre en place un pavillon de l’architecture.” C’est d’ailleurs dans ce but qu’a été organisé cette année avec les étudiants de troisième année de l’école d’architecture un concours de projets pour le futur pavillon. “L’objectif étant qu’au prochain Salon de la Maison ou prochain PAR, nous ayons ce pavillon comme étendard, avec différentes expos à l’intérieur.” Une collaboration avec la Chambre de métiers est étudiée afin que ce pavillon soit construit avec l’aide des apprentis.

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Le CROAR et la Maison de l’architecture souhaitent inaugurer un pavillon de l’architecture au prochain Salon de la maison.

Parmi les actions en direction du grand public, Emilie Lebas est revenue sur la dernière édition des journées portes ouvertes, les fameuses JPO. “Onze agences cette année ont ouvert leurs portes les 3 et 4 juin dernier, venant rejoindre les 1300 agences au niveau national” a-t-elle expliqué. Une participation en deçà de l’année dernière, mais pour laquelle le conseil fait amende honorable. “Nous avions l’ambition de faire de ce rendez-vous de l’AG et de la remise du PAR une grande journée de l’architecture, hors les murs, explique Eric Hugel, Malheureusement, nous n’avons pas eu les autorisations pour le faire. Mais ce n’est que partie remise.”

La loi ramène le seuil à 150 m2

Enfin, et c’est tout chaud, Eric Hugel ne pouvait terminer l’AG sans évoquer l’adoption définitive par le Parlement de la loi CAP pour laquelle les instances représentatives de la profession se sont beaucoup démenées. Il s’agit tout de même de la première loi sur l’architecture votée depuis celle du 3 janvier 1977. “Cette loi prévoit notamment que le seuil d’intervention de l’architecte soit désormais ramené à 150m² de surface plancher. Et en deçà de ce seuil, l’autorité chargée de délivrer le permis de construire pourra en réduire les délais d’instruction si le particulier a fait appel à un architecte pour établir le projet.” La nouvelle législation prévoit également d’inscrire le concours obligatoire dans la loi et de prévoir la possibilité d’une phase de dialogue entre le jury et les candidats, avant le choix du lauréat. Un petit coup de canif dans l’anonymat mais qui permettra aux équipes de mieux défendre leurs projets. Enfin, s’agissant de la lutte contre les signatures de complaisance, le nouveau texte prévoit de davantage responsabiliser les communes, leur laissant tout pouvoir pour débusquer ces signatures. Sachant que le CROAR sera derrière pour leur rappeler leur obligation.