Simon de Palmas, la génération des architectes 2.0

Il fait partie de cette jeune génération d’architectes réunionnais rompus à l’utilisation des médias sociaux. A la fois ouverts sur le monde et ancrés dans leur île. Rencontre avec un jeune architecte qui a planté son agence dans les Hauts de Saint-Paul, à l’Eperon.

Simon de Palmas 02
Simon de Palmas a transporté son agence à La Réunion il y a cinq ans après une première expérience parisienne.

Comment arriver à se faire une place dans un marché un peu tendu et saturé quand on est une jeune agence d’architecture ?

En commençant avec humilité par des petits projets. Aujourd’hui, 80% de notre activité est tournée autour de la maison individuelle. Avec des budgets qui peuvent aller de 50 000 à 300 000 euros.

Passer par la maison individuelle, c’est une obligation ou un choix ?
Attention, c’est aussi un vrai choix ! On adore faire ça. Ce qui nous plaît, c’est qu’à cette échelle, vous avez une relation forcément plus humaine avec le maître d’ouvrage et même avec l’entreprise. On est capables de réfléchir ensemble, de trouver des solutions pour porter le projet vers le haut. Il y a un réel échange. Les clients arrivent avec des idées mais on arrive aussi à les emmener un peu ailleurs. Et s’il y a des petites choses qu’on n’a pas réussi à financer aujourd’hui, on prépare le terrain pour que demain ou après-demain, ils puissent faire des modifications, rajouter des surfaces, remonter des cloisons…

Extension d’une maison individuelle à la Possession (Mo Privé, Moe  KZ-A) - livré 2014 - image noté « BOUL »
Extension d’une maison individuelle à la Possession livrée en 2014 (Mo: Privé, Moe : KZ-A).

Souvent, les architectes rechignent à se tourner vers le marché de la construction individuelle, considéré comme chronophage et peu rentable…
C’est vrai: ça nous demande un temps incroyable; la maison individuelle, c’est très chronophage. C’est sûr que si on compare avec du logement collectif ce n’est pas aussi rémunérateur, surtout vu le temps qu’on y passe mais d’un autre côté, c’est très intéressant. Et nous, on apprend le métier, c’est très formateur. Aujourd’hui, ce genre de projets permet de tester beaucoup de choses. Des types de cloisons, des types constructifs, des associations de matériaux, de nouvelles techniques… Ce sont des tests qu’on ne pourrait pas faire sur du marché public où, on le voit, on a les mains liées avec un budget, une réglementation complexe, un cahier des charges que le maître d’ouvrage ne voudra pas modifier.

Combien de maisons avez-vous dessinées à La Réunion ?
On est en train de concevoir notre quinzième maison, donc ça commence à faire son bout de chemin.

Rénovation d’une maison individuelle à Saint Denis (Mo Privé, Moe  KZ-A) - Chantier en cours  - image noté « RIV »
Rénovation d’une maison individuelle à Saint Denis (Mo: Privé, Moe : KZ-A) – Chantier en cours.

Votre génération d’architecte utilise beaucoup les réseaux sociaux pour communiquer…
Le réseau est essentiel, qu’il soit virtuel ou non. Au tout départ quand on s’est installé ici, c’est grâce à notre réseau proche, qu’on a décroché quelques petits contrats. Des copines qui avaient besoin d’aide sur des projets d’aménagement intérieur ou pour déposer un permis. Puis on s’est bougés sur la com, les médias sociaux. On utilise les moyens de communication numériques qui sont notre disposition; Bien sûr, nous avons notre site internet mais surtout, on passe par les réseaux sociaux: Facebook, Twitter, Tumblr… C’est par ce biais qu’arrivent la plupart des demandes. Avec le bouche à oreille, c’est notre premier relais de communication. Nous avons une petite communauté de personnes qui nous suivent, qui aiment ce qu’on fait et qui le partagent et le relaient à leur tour. De sorte que les clients qui nous appellent ont déjà vus nos réalisations, nos références ou les autres projets d’architectes  qu’on partage et qu’on puise dans le monde entier. Ils viennent prendre un café. A la fin du RDV, je sais si ça le fera ou pas. Si j’ai des clients que je ne sens pas, je préfère refuser tout de suite, un projet c’est une expérience d’un an et demi…Il faut de la confiance mutuelle.

« Pour moi, le plus important, ce sont les plans. »

Même si c’est un exercice difficile, comment définiriez-vous votre architecture ?
Je suis un jeune architecte, c’est un peu prétentieux de définir mon architecture. Je dirai que toute notre attention est focalisée sur le plan intérieur…essayer de créer un plan de maison qui fonctionne, permettant une certaine évolutivité, avec des volumes et des espaces variés. On n’a pas la prétention de dire qu’on fait des trucs de dingue mais on essaie de proposer quelque-chose qui sorte de l’ordinaire. On n’a pas envie d’être assimilés à un moment ou à un autre à une maison de constructeur, une case Tomi même si ça peut être de bonnes constructions. Si les gens passent par un archi, c’est pour avoir quelque-chose de différent, qui leur ressemble. Dans le premier cas, ce sont des pièces qui vont être collées ensemble, alors que nous, nous allons proposer des parcours, des identités propres à chaque espace avec des ventilations, des expositions différentes afin que la maison puissent vivre tout au long de la journée et tout au long de l’année. On fera en sorte de dessiner une maison où les gens ne vivent pas seulement dans leur salon ou leur terrasse mais où ils puissent avoir des petits coins cachés, des espaces, des patios, des pièces secrètes extrêmement intimes. La maison ne doit pas s’offrir complètement au premier venu. C’est une constante de l’habitat réunionnais. Cette hiérarchisation des espaces entre l’extrêmement public et l’extrêmement privé. Ma maison reste toujours ouverte mais par contre j’ai mes petits jardins secrets et intimes. Après, on essaie de réinterpréter tout ça dans une écriture contemporaine.

Rénovation d’un jardin à Saint Gilles les Bains (Mo  Privé, Moe  KZ-A) - livré 2013 - image noté « PAR
Rénovation d’un jardin à Saint Gilles les Bains, livrée en 2013 (Mo : Privé, Moe : KZ-A).

La prise en compte de la dimension culturelle est essentiel dans votre acte de construire ?
Oui, c’est certain. Même si les climats peuvent se rapprocher, ici, on ne fonctionne pas comme en Australie, en Inde ou à Marseille. L’habitat traditionnel est basé sur un plan spécifique, avec une ventilation de la maison, avec de nombreux échanges entre l’intérieur et l’extérieur. Pour moi, c’est le rôle de l’architecte d’arriver à mixer l’envie du client avec  une certaine philosophie de l’art d’habiter à La Réunion. Si on habite sous les tropiques, c’est qu’on aime ça et si on aime ça, il faut jouer avec ces contraintes que sont le vent, le soleil, la pluie, l’humidité. Ce sont ces contraintes qui font l’architecture.

Quelques mots sur votre parcours ?
Je suis né à La Réunion en 1984. Je suis un marmaille des Hauts de Sainte-Marie. Après mon bac, je suis parti vivre l’expérience de Paris et suivre les cours de l’école d’architecture de Versailles. J’ai pas mal travaillé en agence pendant mes études ; j’avais besoin de prendre de l’expérience, de me confronter à la réalité du métier. D’autant que Versailles autorisait assez facilement à travailler pendant les études. J’ai passé la HMONP dans la foulée et j’ai ensuite monté mon agence. En 2012, j’ai rapatrié mon agence ici.

Simon de Palmas
Simon de Palmas

Pourquoi être parti de Paris ?
D’abord, dix ans à Paris, ça suffisait et on avait envie, ma femme et moi, de retrouver une certaine sérénité. La Réunion semblait toute indiquée. Quand on a passé ses 20 premières années ici, on a envie à un moment d’y retourner, d’y faire grandir ses enfants.
Et puis à Paris, c’était compliqué, même si j’ai eu du boulot tout de suite. Les perspectives de développement étaient très aléatoires. En échangeant avec les autres archis qui travaillaient autour de moi, je me suis rendu compte que les gars qui étaient là depuis 10 ans en indépendant avaient beaucoup de mal à faire rentrer les affaires. Ils galéraient. A Paris, je pense que je n’aurai pas réussi à me développer comme ici en 5 ans. J’ai commencé avec un petit bureau sur la mezzanine. Et aujourd’hui, on a une belle agence à l’Eperon avec cinq personnes.

Extension de l’usine EDENA (Mo EDENA SA, Moe  KZ-A + INTEGRALE INGENIERIE)
Extension de l’usine EDENA à La Possession, livrée en 2015 (Mo: EDENA SA, Moe : KZ-A + INTEGRALE INGENIERIE).

Dans votre agence vous êtes entouré de filles…
C’est vrai que je ne travaille qu’avec des filles… D’abord il y a ma femme, Hélène, avec qui j’ai créé l’agence. C’est elle qui se charge de tout l’administratif, l’intendance. On travaille en binôme, on porte le projet à deux. Après, il y a mes collaboratrices Elodie Champey et Ariane Teysseyre. En général, on a aussi un stagiaire…ou une stagiaire.

Comment voyez-vous l’avenir de votre agence ?
J’aimerai continuer à faire de la maison individuelle, parce que j’aime ce boulot mais j’aimerai aussi qu’on puisse avoir accès à de plus grosses opérations. On commence tout juste à monter en puissance: on s’est vus confier une opération de 60 logements sur Saint-Paul, on a fait un hangar industriel à La Possession. Mais c’est dur d’accéder à ce marché, la marche est difficile…

Le Studio Mumbai en Inde est une source d’inspiration pour Simon De Palmas.
Le Studio Mumbai en Inde est une source d’inspiration pour Simon de Palmas.

Quels sont les freins que vous en empêche ?
Les freins, c’est la concurrence. Et notre jeunesse. Nous, on en fait plutôt un atout, on vient avec notre enthousiasme, on se construit en se remettant en question perpétuellement mais si un client privé de maison individuelle va apprécier cet enthousiasme et cette remise en question permanente, une Sem n’aura pas la même grille de lecture…

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Studio Mumbai

Donc il y a régulièrement de la frustration…
Ha ça, la frustration, elle est totale. On arrive très très loin dans les appels à candidature. Alors, c’est vrai qu’au niveau administratif, on n’est pas forcément très bons dans nos montages de dossiers mais quand on arrive à avoir le retour des maîtres d’ouvrages, les raisons pointées sont souvent les mêmes : notre jeunesse, notre manque d’expérience, ils ne nous connaissent pas, on n’a pas fait nos preuves… Ils ne veulent pas faire leur première expérience avec nous. Le plus dur, c’est d’arriver à avoir ces premiers projets. Mais on y arrive ti lamp, ti lamp. On a un chantier de 60 logements à l’Eperon, une opération privée en VEFA qui arrive en phase chantier. Notre but, c’est d’exister sur le marché local, ce qui n’est absolument pas le cas aujourd’hui.

Quels sont les architectes qui vous inspirent ?
Il y en a beaucoup. Nous, d’ailleurs on relaie nos coups de cœur sur nos réseaux sociaux. Par exemple, j’aime beaucoup le travail de l’architecte australien James Russel. On est aussi de grands fans du studio Mumbai en Inde. Un atelier créé par l’architecte indien Bijoy Jain qui rassemble tout autant des architectes que des charpentiers ou des maçons. L’équipe du Studio Mumbai travaille de manière différente de la plupart des agences d’architecture et s’occupe de tous les aspects, du design à la construction. L’agence base ses réflexions sur un procédé interactif avec la conception de maquettes à échelle “1:1” et non sur un travail de dessin. C’est assez incroyable à voir. Ils fonctionnent un peu comme un fab lab. Ca fait rêver.


Entretien : Laurent BOUVIER


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