Retour sur la formation Sécurité-incendie et RTAADOM

Beaucoup de questions mais peu de réponses. La formation et le débat organisés au CAUE par ENVIROBAT-Réunion du 25 au 27 avril sur l’application de la réglementation incendie dans les Dom a suscité de nombreux questionnements. Et abouti à un consensus: la nécessaire évolution de la réglementation pour tenir compte des spécificités locales.

Sujet “brulant”, la sécurité incendie a attiré les foules au Conseil d’architecture d’urbanisme et d’environnement (CAUE) du 25 au 27 avril dernier. La grande salle du CAUE était même trop petite pour accueillir tous les participants à la formation-débat: bureaux d’études, pompiers du SDIS, maîtres d’ouvrages, bureaux de contrôle… et finalement assez peu d’architectes.

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Jean-Michel d’Hoop, expert en sécurité incendie, intervenait pour la formation

Après deux jours où ont été passés en revue les principes de base de la réglementation incendie, la formation s’est orientée vers un débat passionné autour de l’application de cette réglementation en zone tropicale. Un débat qui aura suscité beaucoup de questions et peu de réponses. Ce à quoi s’attendait l’expert invité, Jean-Michel d’Hoop : “Comment pouvait-il en être autrement? Vous avez d’un côté une réglementation incendie basée sur un grand principe – le compartimentage – et de l’autre vous avez des habitudes de construction en milieu tropical et un référentiel thermique et acoustique applicable ici – la RTAADOM-  dont la philosophie est l’inverse: tout ouvert et tout ventilé ! Ces deux réglementations sont dans leur esprit antinomiques ! 

Deux philosophies opposées

Autrement dit, la réglementation incendie se heurte chez nous à la contrainte de la ventilation permanente. Comment sortir de cette impasse ? “L’idée à laquelle nous sommes arrivés au bout de ces trois jours, indique Jean-Michel d’Hoop, c’est, qu’une fois qu’on a bien intégré les objectifs principaux de la démarche sécurité-incendie, il faut essayer de les atteindre autrement, en intégrant les contraintes tropicales.”

D’où l’idée par exemple de transformer un obstacle au feu (type coupe-feu) par une distance à parcourir. “Nous avons dégagé principalement trois thématiques” résume Eric Hugel, le président du conseil de l’ordre des architectes de La Réunion qui officiait comme modérateur du débat. “Il s’agit de la circulation déportée, la ventilation des parkings et la porte palière.”

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Un groupe de travail devra faire émerger des solutions locales.

La prochaine étape vise à réunir localement un groupe de travail réunissant les architectes, les bureaux d’études et de contrôle, les services du SDIS et les maîtres d’ouvrage afin de se doter d’une “méthodologie et d’une boîte à outils.” “C’est un peu compliqué, poursuit Jean-Michel d’Hoop. Il faudra d’abord dégager un consensus sur des solutions nouvelles localement et ensuite les faire valider à Paris.”

Cette adaptation réglementaire, du reste prévue dans la loi de 2004, les pompiers n’y semblent pas opposés. “Je n’y vois pas d’inconvénients si cette évolution garantit au moins un même niveau de sécurité” a expliqué le lieutenant-colonel Paul Boucheron du SDIS.   “Nous sommes conscients que la réglementation incendie telle qu’elle s’applique aujourd’hui ici est un frein à l’innovation, à la création et au développement durable” a-t-il ajouté.

Reste à financer ce premier travail. D’où quelques regards appuyés, voir des appels du pied en direction des maîtres d’ouvrage lors du débat. “La route est longue mais nous sommes confiants”a conclu, optimiste, Jean-Michel d’Hoop.

 Résumé des ateliers par Jean-Michel d’Hoop (3’30)


Mieux informer les locataires

Qui aujourd’hui, des locataires d’un collectif, est vraiment informé de l’attitude à adopter lors d’un incendie ? “Faîtes l’expérience. Allez voir des locataires et demandez-leur en cas d’incendie chez leur voisin s’ils doivent rester sagement dans leur appartement comme c’est préconisé ou fuir et vous verrez ce qu’ils vous répondront” expliquait à l’assemblée l’un des intervenant lors du débat organisé par le CAUE.  Les bailleurs sociaux se contentent souvent d’afficher les procédures et points de règlements dans les halls. “Mais cela ne suffit pas” indique Eric Hugel, le président de l’ordre des architectes, qui insiste, avec plusieurs de ses confrères, sur la nécessité de la part des services de gestions locatives de mettre en place des formations ou d’utiliser des supports adaptés d’information.


Incendie dans un collectif: la bonne attitude

“Si un incendie se déclare dans un logement collectif récent, explique Jean-Michel d’Hoop, expert invité par le CAUE, le feu ne doit pas pouvoir se propager à un autre logement. Les autres habitants doivent ainsi rester confinés chez eux. Les habitants du logement sinistré doivent, eux, sortir par la porte palière; ils doivent veiller à bien refermer cette porte palière pour éviter que ne se propage le feu. Le palier est un espace qui lui-même est ventilé pour évacuer les fumées qui ainsi se disperseront. Ces personnes gagnent alors l’escalier équipé d’une porte qui se referme automatiquement; dans cet escalier, où rien ne peut brûler, il n’y a pas de risque d’incendie. Néanmoins, le haut de l’escalier est équipé d’un système de désenfumage.”


 Jean-Michel d’Hoop

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Jean-Michel d’Hoop est expert judiciaire et ingénieur conseil en bâtiment dans la spécialité “sécurité incendie”

Jean-Michel d’Hoop est expert judiciaire et ingénieur conseil en bâtiment dans la spécialité “sécurité incendie”. De par sa formation, l’auteur bénéficie d’une double approche pratique et théorique. Il a successivement été contrôleur technique dans la construction (SOCOTEC), maître d’œuvre (BET), puis maître d’ouvrage (FNAC) avant de basculer dans l’univers spécifique du conseil en maîtrise et gestion des risques, puis de mettre ses talents au service d’un grand cabinet de courtage d’assurance. Il anime régulièrement des séminaires consacrés à la sécurité incendie dans l’entreprise, supervise des actions de formation quand il ne met pas son expérience au service de la Cour d’appel de Paris où il est accrédité comme expert.  

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