Plus de 30°C dans les salles de classes

Une étude du CAUE

Alors que La Réunion connaît un été qui restera dans les annales climatiques, le CAUE a lancé un diagnostic thermique sur la problématique d’inconfort dans les écoles primaires. Les premiers résultats sont alarmants.

 Les dernières opérations comme ici l’école Suzy-Bomel (Saint-André) ont fait du confort thermique une des principales préoccupations. Arch.: Laurent PERRIN. Ph.: H. Douris

Chaque été, les enseignants et parents d’élèves se plaignent de la chaleur étouffante qui règne dans les salles de classes des écoles. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, jamais aucune étude n’avait été réalisée sur le confort thermique dans les écoles primaires.

Alors que La Réunion connaît un été qui restera dans les annales climatiques, le CAUE a lancé un diagnostic sur cette problématique d’inconfort qui est récurrente chaque saison cyclonique. L’étude, qui a débuté en début d’année et qui est menée en partenariat avec plusieurs communes (Le port, Saint-Paul, l’Etang Salé, Saint-Pierre), reste concentrée sur les lieux les plus chauds, principalement la côte Ouest. Plusieurs écoles y ont été “instrumentées”, c’est à dire munies de capteurs de température, d’hygrométrie et de COV (composés organiques volatiles).Ces derniers sont les gaz ou les vapeurs qui contiennent du carbone et de l’hydrogène et qui s’évaporent à la température ambiante.

Si l’étude court jusqu’à la fin de l’année 2019, d’ors et déjà plusieurs résultats provisoires sont sont inquiétants et viennent corroborer le ressenti des enseignants.

Les 30°C sont dépassés

“En préambule, il faut souligner que la plus grande partie du bâti scolaire date des années post départementalisation, c’est à dire des années 60 et 70” note Stéphanie Girardot, l’architecte qui coordonne avec Cédric Legros l’étude pour le CAUE. Le parc est du coup assez homogène: des bâtiments essentiellement en béton (les premiers bétons), en rez de chaussée, agrémentés au fil des ans d’extensions modulaires temporaires qui sont souvent devenues permanentes. Dans ces constructions souvent mal isolées et peu ventilées naturellement, la climatisation est la plupart du temps absente, les salles étant équipées la plupart du temps de ventilateurs.

École Aimé-Césaire (Saint-Pierre). Arch. A. Perrau. Ph.: Hervé Douris

Les premiers éléments de constat font apparaître une température excessive dans les salles de classe. “En été, on dépasse aisément les 30°C dans les salles. Même à plus de 300 mètres d’altitude” indique Stéphanie Girardot. Or, à partir de 27 degrés, on considère que les enfants ne peuvent plus avoir une attention satisfaisante.

La clim n’est pas la panacée

La facilité serait-elle d’installer la climatisation ? “Il faut d’abord préciser qu’il est communément admis dans le milieu médical qu’un enfant qui évolue dans un milieu climatisé et aseptisé perd sa capacité à s’adapter physiologiquement” indique Stéphanie Girardot. Cette précision étant faite, un des problèmes posés par la clim dans les salles de classes est le choc thermique auquel les organismes des enfants sont confrontés à la sortie de la salle climatisée. “Nous avons en effet mesuré le bitume de la cour de récréation à 70°C. Les enfants évoluent à environ un mètre du sol… Imaginez le choc thermique lorsque vous passez d’une salle à 20°C à un environnement à plus de 40°C. Cela occasionne des rhinites, des rhumes…Autrement dit, la climatisation suppose un sas où le choc thermique ne devrait pas dépasser plus de 7 degré en une seule fois.

Pas de renouvellement d’air

Un autre problème a été constaté dans les salles de classes climatisées du terrain d’étude. Les climatisateurs des rares salles de classe qui en sont équipés sont souvent des sticks. Or ils ne sont associés à aucun système de renouvellement d’air. Résultat: “l’étude dans les première classes instrumentées montre qu’au bout d’un quart d’heure, on dépasse les seuils de particules volatiles que l’on a droit de respirer. Et le seuil ne redescend à un seuil acceptable que quatre heures après la sortie des enfant” précise Stéphanie Girardot.


Ecole Ary-Payet (Saint-Andre). Arch.:APMR. Ph.: H. Douris

Au delà du constat alarmant, l’objectif du CAUE avec cette étude, est de sensibiliser les communes à la problématique de la chaleur dans les classes et surtout d’associer l’amélioration du confort thermiques non seulement aux programmes de réhabilitation mais également aux programmes de petite rénovation. “Vous avez des communes comme le Port ou Saint-paul qui comptent plus de 70 écoles, on sait que les réhabilitation lourdes ne couvriront pas tout le parc. Néanmoins, il est possible d’intervenir pour améliorer ce confort, en intégrant une ventilation naturelle, des protections solaire, une isolation de toiture…”

Aujourd’hui, la France, championne en matière de réglementation, a tout un arsenal réglementaire sur le froid, mais pas sur le chaud…Autrement dit, on n’a pas le droit d’avoir froid dans une salle de classe, mais on a le droit d’avoir chaud. Il serait bien que sur ce point la réglementation évolue.

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