Un label pour s’approprier notre patrimoine du XXe siècle

Les dernières campagnes de labellisation «Patrimoine du XXe siècle» ont mis à l’honneur six édifices de La Réunion parmi lesquels trois réalisation de l’architecte Jean Bossu. La direction générale des patrimoines souhaite donner un second souffle à ce label qui manque de visibilité.

Le théâtre plein air de Saint-Gilles est certainement l’édifice le plus connu de ce label. @ F.L. Athénas
Le théâtre plein air de Saint-Gilles est certainement
l’édifice le plus connu de ce label. @ F.L. Athénas

Le terme de patrimoine est souvent confisqué par les vieilles pierres. Et pourtant, le béton du théâtre de Saint-Gilles fait tout autant parti du patrimoine de notre île que les villas bicentenaires de la rue de Paris. C’est pour gommer ce genre de malentendu que le ministère de la Culture et de la Communication a créé en 1999 le label Patrimoine du XXe siècle. Ce label vise à signaler au public, décideurs et aménageurs, «les édifices et ensembles urbains qui sont autant de témoins matériels de l’évolution technique, économique, sociale, politique et culturelle de notre société.» La création de ce label illustre la prise en compte progressive de l’architecture du XXe siècle dans le champ du patrimoine. Néanmoins, ce nouveau label souffre d’un manque flagrant de visibilité et de notoriété. C’est pourquoi, au terme d’une étude réalisée en 2012, la direction générale des patrimoines a mis en place un groupe de travail en vue de définir de nouvelles orientations propres à une relance du label. Dans le même sens, il a été décidé que les campagnes de labellisation feraient dorénavant l’objet d’un bilan national régulier, biennal. La première édition, qui présente par région les labellisations attribuées en 2011 et 2012 vient de paraître. Six édifices de La Réunion y figurent. Certains déjà bien connus comme le théâtre de plein air (architectes JeanTribel et Gilles Royer, 1968-1970), d’autres moins connus à l’instar de la salle Jeanne-d’Arc à Saint-André ou la chapelle Notre Dame de la Salette à Saint-Pierre. L’architecte Jean Bossu est crédité à lui seul de trois projets architecturaux aussi divers que la caserne de gendarmerie de Saint-Benoît, l’hôtel des Postes de la Providence à Saint-Denis ou encore la direction de l’agriculture et de la forêt (DAAF) à Saint-Denis. Autant de projets remarquables qui mériteront une meilleure promotion et pour certains un bon ravalement.

Laurent Bouvier


Focus sur l’immeuble de la DAAF

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Le bâtiment en 2014 après réhabilitation. © H. Douris

308 bd de la ProvidenceSaint-Denis Architecte: Jean Bossu

Il s’agit d’un grand ensemble administratif composé de trois bâtiments, très bien conservé et réalisé par Jean Bossu en 1970. Le premier édifice articule deux ailes d’inégale hauteur venant s’emboîter l’une sous l’autre avec un angle très obtus, technique appelée du «ciseau», caractéristique de la dernière manière de l’architecte. L’entrée est marquée par un grand auvent au profil inspiré d’un motif propre à Le Corbusier. Les façades retiennent particulièrement l’attention avec un travail très abouti de l’architecte réalisé sur l’épaisseur donnant à lire deux nus très distincts. La composition originale de Bossu se fond avec naturel dans la pente du terrain, comme une courbe de niveau construite dans un parc paysager magnifique. C’est un projet formaliste typique des modernes de l’après-guerre mais d’une grande sensibilité paysagère, l’implantation est très respectueuse de l’environnement et les façades particulières sont en réalité un travail sur les cadrages vers l’extérieur mais aussi une réflexion poussée sur le climat réunionnais et la lumière naturelle dans un espace de bureaux. Jean Bossu est un pionnier de l’architecture moderne à la Réunion, avec le vocabulaire du mouvement moderne : volumes parallélépipédiques, toitures terrasses, bétons bruts…Pour l’architecte Olivier Brabant qui s’est vu confier la réhabilitation de l’immeuble de la DAAF, «Jean Bossu parvient à une architecture de pure forme et de pure spatialité tout en préservant la matière».

 Voir le projet pour le Prix d’architecture de La Réunion


Jean Bossu en bref

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Jean Bossu est crédité de quelques 400 réalisation à saint-Denis.

Si le nom de Jean Bossu n’évoque pas grand-chose aux Réunionnais, ses projets, en revanche, ont transformé le paysage architectural de l’île. Élève de Le Corbusier, Jean-Michel Bossu rêvait de faire de Saint-Denis «une ville radieuse, hérissée de tours gratte-vent». Ses premières réalisations dans les années 50 s’inscrivent dans cet esprit. Sur Saint-Denis, Jean Bossu totalise quelques 400 réalisations. L’immeuble de la Poste, le siège de la Direction de l’agriculture et de la forêt, l’église de Sainte-Clotilde ou encore les locaux de la Caisse d’allocations familiales en sont les références majeures. Son travail . On y retrouve les pilotis (le rez-de-chaussée est un espace dégagé destiné à la circulation); le toit-terrasse (pouvant servir de solarium, de terrain de sport, de piscine ou de jardin); le plan libre (la suppression des murs porteurs libère l’espace, dont le découpage est rendu indépendant de la structure); la fenêtre en longueur (rendue possible par les structures poteaux-dalles supprimant la contrainte des linteaux) et la façade libre (murs légers et baies montées indépendamment de la structure).

 Jean Bossu, une trajectoire moderne singulière
par Xavier Dousson aux Éditions du Patrimoine

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