Paroles d’archis

Comment les archis vivent leur métier aujourd’hui à La Réunion? Quand on leur demande de mettre un mot sur l’ardoise, le coeur balance entre espoir et découragement. Mais la passion reste le moteur qui les anime.

Jacques Houareau, “heureux”

Jacques Houareau

“Aujourd’hui, je suis heureux. Heureux de continuer à faire le plus beau métier du monde. J’ai la chance d’avoir mon fils à mes côtés qui prend la relève. Mais je veux quand même continuer, je sais que je ne m’arrêterai pas, je veux mourir sur les planches à dessins. Quand j’étais jeune, j’ai longuement hésité entre devenir architecte et curé. Mais finalement, c’est quand même un sacerdoce que j’ai choisi d’exercer. Parce que ce qui continue de me passionner dans mon métier, c’est la rencontre avec l’humain.”

 

Etienne Charritat, “optimiste”

Etienne Charritat

“Je suis optimiste parce que malgré les difficultés que traverse la profession en ce moment, l’architecte a une capacité d’adaptation hors norme que lui confère sa formation, son indépendance. A condition évidemment pour chacun d’entre nous de se prendre en charge.”

 

Maxence Lefebvre, “ignorant”

Maxence Lefebvre

“Je me considère encore aujourd’hui comme ignorant. Parce qu’avec ce métier, on apprend tous les jours et que le champs d’apprentissage est tellement énorme. Mais c’est ça qui est intéressant.”

 

Caroline Renard et Aurélie Quentin, “motivées”

Caroline Renard-Aurelie Quentin

“Motivées ! Heureusement puisqu’on commence tout juste notre carrière. Mais force est de constater que la réalité du métier que l’on découvre n’a rien à voir avec que ce l’on a appris en école d’archi. On se rend compte que l’équation principale d’un projet tourne autour ces paramètres : les normes et l’incidence économique. Ça laisse pas beaucoup de place au rêve et à la création…”

 

Even Naiken, “à donf !”

Even Naiken

“Je viens juste de prêter serment. Alors, je suis ultra motivé, je ne me pose pas de questions: A fond les manettes ! On verra bien où ça mène.”

 

Monika Sigalin, “espoir !”

Monika Sigalin

“J’avoue que j’ai été un moment déprimée mais aujourd’hui, j’ai de l’espoir, j’y crois. C’est vrai, quand on lit les blogs d’archi, ça râle beaucoup, notre métier est devenu difficile, on a de plus en plus de mal à s’exprimer. En même temps, je vois qu’il y en a finalement beaucoup qui se battent, notamment les jeunes. Il y a de l’espoir.”

 

Guillaume Hazet, “passion”

Guillaume Hazet

“Oui, j’ai toujours la passion pour ce métier, c’est ce qui me fait avancer. Même si cette passion, elle est mise à l’épreuve tous les jours…”

 

Nayen Ravalia, “compromis”

Nayen Ravalia

“Le compromis, c’est un peu ce que je dois manier tous les jours. En tant qu’architecte, tu dois garder le dialogue avec des interlocuteurs de plus en plus nombreux. Toi, tu te retrouves au milieu du noeud. C’est pas facile de trouver l’équilibre, le compromis.”

 

Pierre Bertin-Lebeigle, “dommage !”

Pierre Bertin

“Dommage pour notre métier. On ne gagne plus d’argent avec et en plus il a cessé d’être fun. Bon, j’ai toujours du boulot certes mais il y a tellement de contraintes normatives…Aujourd’hui, je fais plus d’archi, je gère des interdits…au lieu de proposer des améliorations de la qualité de vie des gens.”

 

Céline Delacourt, “heureuse”

Céline Delacourt

“Je me sens bien dans mon métier. Mais c’est aussi parce que j’ai basculé du côté de la maîtrise d’ouvrage. Je travaille comme archi dans une Sem. C’est l’occasion de faire passer nos idées de l’autre côté. Parce qu’un bon projet, c’est déjà un bon maître d’ouvrage. J’étais un peu déprimée dans mon exercice en libéral, basculer dans la MO, ça m’a réussi et je suis heureuse.”

 

Paul Masson, “archidur…”

Paul Masson

“Oui, c’est le plus beau des métiers, mais aujourd’hui, nous sommes DECONSIDERES ! Tu te retrouves en face d’une certaine inculture. On est jugé par des gens qui sont incompétents. Au fil des années, on a multiplié les intervenants, les réglementations… Nous ne sommes malheureusement plus le compositeur et le chef d’orchestre du projet…”

 

Eric Hugel, “pschit”

Eric Hugel

“Pschit. Parce que dans notre profession, on est passé d’un moment de pression à un moment de dépression. Et ça fait “Pschittt…” Mais en même temps, c’est peut-être une chance. A nous de faire que ce moment de dépression soit un moment de libération. Allons !”

 

Rodolphe Cousin, “enchanteur”

Rodolphe Cousin

“On a tendance à se regarder peut-être un peu trop le nombril. La profession, à force d’être recentrée sur elle, sur ses problèmes, ne regarde plus le monde et les gens qui l’entourent. Notre rôle est d’enchanter le monde. Il ne faut pas perdre l’essence de notre métier. Arrêtons de pleurer et plutôt, donnons envie…”

 

Stéphanie Girardot, “motivée pour tous”

Stéphanie Girardot

“Je reste contente de faire ce métier même si ce n’est pas tous les jours facile. Je me sens utile. Oui, c’est compliquée en ce moment, la profession est chahutée mais on peut agir. Et on doit le faire tous ensemble. Moi, je suis motivée pour tous.”

 

Pierre Rosier, “café”

Pierre Rosier

“Oui j’ai dessiné un café chaud. Parce que c’est bon même s’il y a un peu d’amertume, ça réveille les sens, c’est convivial et c’est très personnel. Ça résume bien comment je souhaite vivre mon métier aujourd’hui.”

 

Didier Le Lec, “utopie”

Didier Lelec

On n’arrive plus à vivre le métier comme on le souhaiterait. Ça devient difficile. On travaille des dossiers administratifs, juridiques au lieu de traiter de l’humain. Exercer l’architecture est devenu une utopie dans le mauvais sens du terme. Or on a besoin d’Utopie avec un grand “U”.

 

Jean Tessier, “demain”

Jean Tessier

“Demain, parce que chaque trait que je dessine, chaque angle, mur, dalle, c’est pour prendre vie demain. Chaque projet n’a de sens que lorsqu’il est habité, vécu. Quand t’as 20 ans, tu veux faire le projet du siècle et puis au fur et à mesure tu te rends compte que ce qui est important, c’est d’imaginer un bâtiment qui devienne familier. Aujourd’hui, j’ai plus envie d’humilité. Et demain, c’est aussi parce que notre métier évolue, est face à une mutation. Demain, quel sera notre métier ?”

 

Claude Forge, “pessimiste”

Claude Forge

“Pessimiste parce que oui, je suis inquiet. Nous sommes à la merci de décisions qui viennent d’en haut et qui ne sentent pas bon. Qu’en sera t-il de notre métier si la loi MOP est déshabillée ? Nous sommes dans un gouvernement de gauche et malgré tout, c’est le ministre de l’économie et des finances qui décide. Et nous, architectes, même si on se bat, on ne pèse pas grand chose face aux lobbys.

 

Nazir Ravalia, “les bas-fonds de la misère architecturale”

Nazir Ravalia

“Pourquoi les bas-fonds ? Parce qu’on a atteint les bas-fonds de la misère architecturale. Deux raisons: la complexité de la réglementation de l’acte de bâtir qui nous bouffe et la baisse des commandes.”

 

René Lemayen, “gentillesse”

René Lemayen

“Mon état d’esprit aujourd’hui par rapport à mon métier d’architecte ? C’est donner, donner plus qu’on ne reçoit. Ce qui suppose d’être dans un cet état d’esprit de bienveillance, de gentillesse.”

 

Catherine Duriez, “y croire”

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“Y croire parce que c’est un métier difficile et que si on n’y croît plus, il vaut mieux rendre son tablier. Bien sûr, on a du mal à payer les collaborateurs, on en bave mais perso, je ne changerai pas de travail. Je suis persuadé que ça va se débloquer. Nous sommes là pour de bonnes raisons.”

 

Yvon Laurelut, “à la bourre”

Yvon Laurelut

“En ce moment, je suis carrément à la bourre. Il faudrait que les journées fassent 48 heures. De toute façon, dans ce genre de boulot, soit t’as trop de travail, soit t’en a pas assez. Bon là, j’en ai trop, je ne devrais pas me plaindre mais…c’est dur de tout concilier, tout faire bien, faire bien son job et en même temps passer du temps avec les siens.”

 

Frédéric Boyer, “hakuna matata”

Fredéric Boyer

“Hakuna matata, ça veut dire: “pas de problème” en swahili. C’est un peu du second degré mais il faut être optimiste, pas le choix. Dans le contexte actuel, on doit avancer même si ça consiste à faire l’autruche, à tenter de se persuader que tout va bien quand la maison brûle…”

 

Olivier Collette, “et pourquoi pas ?”

Olivier Collette

“Nous sommes dans une période de doutes et de questionnements par rapport à notre métier. Alors c’est le moment d’essayer, d’expérimenter. Pourquoi ne pas créer de nouveaux modèles, s’associer, coworker ? C’est le moment d’être inventif.”

 

Christophe Cosson, “les pieds dans la boue, la tête dans les étoiles”

Christophe Cosson

“Les pieds dans la boue, la tête dans les étoiles. C’est une phrase qu’un prof avait sorti à l’école d’archi et que je garde en tête. Malgré les difficultés, on doit rester au service des gens. On doit toujours garder à l’esprit qu’on est là pour fabriquer du rêve.”

 

Pascal Marcé, “étêté”

Pascal Marce

“Etêté ? Un clin d’oeil à l’agence où je travaille…”