Michel Reynaud, à coeur battant

Michel, c’est celui qui se lève toujours aux AG pour placer ses “coups de gueule”, c’est la figure de la révolte dans le microcosme de l’architecture réunionnaise. Mais derrière son éternel gilet “quechua”, se cache un cœur qui bat pour la nature bien sûr, et de manière générale, pour cette extraordinaire énergie qui fait la vie. Curieux personnage, curieux de tout…. voilà…  c’est ça que je voulais savoir sur Michel Reynaud

Par Céline Delacourt 

“Ma culture m’a appris à me poser des questions, à réfléchir par moi-même, à acquérir des connaissances de façon autonome, ce qui m’a permis d’avoir mes propres clefs”

LE RÉVOLTÉ

Michel, tu m’as dit à la dernière AG que tu allais arrêter tes coups de gueule parce qu’ils étaient trop attendus, c’est une de tes décisions 2010?
(Rire) C’est vrai que ça pourrait être une décision 2011, je pense qu’il faut que j’arrête un petit peu parce que c’est devenu effectivement trop attendu.

Tu crois que tu vas y arriver? 
Je peux aussi me taire parfois, … j’ai besoin de silence, … c’est par période. Comme chacun, j’ai besoin de me ressourcer. Mais quand je vais à l’AG, le problème qui se pose c’est que je trouve mes confrères un peu “mollo-mollo”, en plus ça devenait triste ces dernières années parce que l’on ne parlait que de la crise et je pense qu’on se rabaisse beaucoup à ne parler que de ça car on a quand même des choses à défendre; … être un des dernier métiers où on peut faire intervenir une part de rêve. Mais c’est vrai que j’ai pris un créneau que personne ne prenait. Tu sais, je suis de la génération des années 60, c’est quand même une génération libertaire où l’on prenait la parole.

Oui, enfin, tous ceux de ton âge ne prennent pas la parole. 
Ouais, mais parce que je pense qu’ils se sont très vite embourgeoisés, ou qu’ils n’ont pas pris les leçons de ce qui s’est passé avant. C’est peut être aussi un état d’esprit. Personnellement j’ai été marqué par “L’Homme révolté” d’Albert Camus que ma mère, prof de philo, m’a mis dans les pattes à l’age de 15 ans.

Ah, ta mère est prof de philo! C’est vachement intéressant!!! (rire)
Oui, et mon père, prof de sciences éco, donc je suis issu d’un milieu intello…

(Rire) Alors, tu es vraiment le fils de tes parents!!! 
Oui, c’est important l’héritage familiale, mais c’est vrai que je suis une caricature. Mais on est tous des caricatures finalement.

Tu parlais d’embourgeoisement, c’est quoi pour toi? 
C’est le fait de se clore derrière des barrières physiques, comme des clôtures, mais aussi des barrières de pensée.

Chez toi, il n’y a pas de clôture? 
Si, parce que j’en avais marre de me faire cambrioler, mais j’ai une culture très ouverte, et mes clôtures permettent la vue et laissent passer les odeurs.

C’est la communication dans tous les sens du terme. 
Oui, car je pense que c’est important: on est dans une société qui s’enferme, qui  se paupérise par l’enfermement. On élimine tout ce qui est partagé. Il faut fabriquer des territoires, des espaces où des mondes différents peuvent se côtoyer, favoriser la communication, laisser opérer ces possibilités de transfert et d’échange. La vie n’est qu’échange. Le danger, aujourd’hui, de cette société vieillissante que je considère comme purement décadente, c’est qu’elle se ferme et s’autocensure.

On en vient à ma super question. Pour toi, ça va être quoi, le fameux 2012? 
Nous savons que nous avons atteint des niveaux max, qu’on a dépassé les capacités de la planète à se régénérer. Ce qui est dramatique c’est que le monde tropical est le plus menacé.

Tu vois ça de manière très scientifique, mais ça ne te fait pas flipper?
Disons que je pense que l’homme n’est pas une espèce nécessaire à la planète, je n’ai pas d’état d’âme là-dessus, j’ai une vision complètement philosophique, très crue, et véritable des choses. La vie se refera de toute façon.

Là, tu me fais un peu déprimer!!
Non, ce n’est pas complètement déprimant, c’est magique tout ça, car finalement ce qui nous appartient le plus, c’est le développement de cet énorme cerveau. Et ce cerveau, il faut le porter par l’imaginaire: on a compris aujourd’hui ce que l’on a développé de manière délirante, et si jamais on n’oriente pas ce cerveau vers des savoirs intelligents, alors on n’inventera rien.

Ne penses tu pas que justement ce cerveau à atteint ses propres limites?
Je pense que les cerveaux les plus restreints sont ceux qui dominent. Si on n’est pas capable de mettre dans ce que l’on fait une part de rêve et d’apporter des choses véritables aux gens qui nous entourent, au monde dans lequel on vit, alors qu’est ce qui nous reste? Le champ de ce que l’on peut apporter est immense et tu peux le faire à toutes les échelles, sur une maison, dans un ensemble de logements sociaux, un aménagement paysager et tu t’aperçois que tu élargis à chaque fois le champs du rêve, des possibles.

LA CRAVATE 

Mince, aujourd’hui, tu n’as pas ton fameux gilet “quechua”
Ah, oui celui avec les poches (rire)

Est-ce que ton look est calculé?
C’est une bonne question que tu me poses, en fait je ne crois pas qu’il soit calculé.

Parce qu’on pourrait croire qu’il l’est un peu?
Oui, un petit peu. D’abord pour moi, aller chez le coiffeur c’est un acte social: si je n’y vais pas c’est parce qu’il n’y en a pas que j’ai envie d’aller voir. C’est terrible mais c’est comme ça!  Là par exemple, c’est ma fille qui m’a coupé les cheveux; Pour moi c’est complètement secondaire.

D’accord mais regarde tes lunettes, on dirait que tu es en “after” de fête techno!!!
Tu sais pourquoi j’ai acheté ces lunettes? C’est parce que j’en avais marre d’avoir des lunettes de merde, mais je ne connaissais même pas la marque, je les ai choisies uniquement pour le confort.

Bon, mais il y a bien des trucs que tu n’aimes pas?
Je ne supporte pas le look cravate et compagnie, je n’ai jamais été habitué à ça. Et pourtant j’ai une cravate, c’est vrai. Ah, non, en fait j’en ai deux!!  Une qu’on m’a offerte un jour et que je n’ai jamais portée (rire) et une en bois, faite par un sculpteur réunionnais, que j’ai sortie parfois, ça fait au moins 15 ans que je l’ai.

Bref, ce n’est pas encore avec toi que je vais parler fringue!
En fait, je ne suis pas acheteur, je m’en fiche complètement, ce que je préfère ce sont les vêtements super usés qui sont hyper agréables et légers. Je m’habille pour les autres: je fais un effort pour être socialement pas trop dégueulasse!!!

Je me disais que tu pourrais mettre ta vision du monde à travers tes vêtements.
Mais j’ai des vêtements écolo. J’ai des chaussures écolo. Pour moi, le pied c’est très important, et j’achète de bonnes chaussures, de fabrication française, qui sont durables. Je cherche par exemple, les chaussures de sécurité qui viennent de cette usine en France, qui avait été rachetée par des coréens, sur l’engagement de garder le personnel. Quand ils ont repris l’usine, ils ont, sans scrupule, liquidé tout le monde. L’ancien patron, un vieux monsieur de 88 ans, s’est suicidé. Je n’ai jamais retrouvé ces chaussures de cuir.

C’est donc un cadeau à te faire!
Voilà, en 42, et même pour mes salariés.

Merci Michel

 —

Portrait Chinois 

Si tu étais un meuble?
Un banc public

Si tu étais une ville?
Lambesc

Si tu étais un film
Le bonheur est dans le pré

Si tu étais un plat?
Un zandouil zantac

Si tu étais un monument?
Une ferme bretonne

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