Mathilde Bastard, une force tranquille

Par Céline Delacourt

Stop à la domination des hommes dans les interviews du rapido, car dans le lot des architectes péi, il y a aussi des femmes ! Liant à la fois la douceur à l’energie, Mathilde émane une sorte de force tranquille et a la sagesse de savoir lier son métier, sa famille et sa passion pour les objets. et après 2 heures de discussion avec elle, je me suis dit : C’EST CA QUE JE VOULAIS SAVOIR SUR Mathilde Bastard

 

les années CAUE 
Il y a quelques temps, tu travaillais au CAUE, et tu en es partie en pleine crise…. pas de regret?! 
Non, non, je voulais faire de la maîtrise d’œuvre, il fallait que je passe à autre chose.

Tu y es restée combien de temps ? 
Eh bien … 5 ans.

Ah, tout de même, et ton rôle consistait en quoi ?
Alors, au tout début, je travaillais avec Corinne Asselin, qui était un pilier du CAUE et on mettait en place les structures de crèche, on faisait toute la programmation, c’était sympa. Je réalisais les expositions tant au niveau graphique, que du contenu et m’occupais aussi de toute la partie scénographie… Ensuite, Catherine Morel est arrivée. Et là, nous avons travaillée ensemble sur différentes missions et mis en place le site “envirobat réunion”, où j’ai fait toute la partie graphique, et le montage.

C’était très intéressant….
Oui, très intéressant, on organisait également des ateliers débat pour les professionnels sur divers thématiques.

Tu allais aussi dans les mairies ?
J’ai remplacé effectivement Stéphanie Girardeau pendant 1 an à la mairie de Saint-Denis deux jours par semaine. Je faisais des avis sur permis et travaillais avec Brigitte Lamy qui m’a beau•coup appris.

Alors, comment t’as négocié ton “après CAUE” ?
Quand je suis partie du CAUE, je ne savais pas du tout ce que j’allais faire derrière. Au départ, je pensais trouver un boulot de salarié dans une agence. Mais à ce moment là, se préparait l’expo “construire en bois”, donc j’ai continué le travail en mission extérieure, ce qui m’a conduit à me mettre à mon compte.  J’ai démarré avec des petites extensions, des aménagements paysagers, des aménagements intérieurs notamment pour mettre aux normes des chambres, salles de bains handicapés etc… Et actuellement je suis plus sur des permis de maisons individuelles. L’échange et les relations avec le client me plaît. Prendre en compte le programme du client, dessiner, et concevoir la maison pour l’intégrer au mieux dans le paysage et l’adapter au climat est mon objectif. Le travail à cette échelle me convient.

Tu as réussi à te faire un réseau assez facilement ? 
Oui, les différentes missions ce sont enchainées tranquillement et je n’ai pas pris le temps de travailler sur une communication comme un site Internet… Mais, pour le moment cela se fait de bouche à oreille… Et c’est parti comme ça. Je travaille également avec un groupe d’artisans avec qui je m’entends bien, et ça aussi ça me donne du boulot.

LA POTERIE 

Je sais que tu fais de la poterie, tu en es où?
Oui, c’est vrai, j’essais de trouver du temps pour en faire une fois par semaine… C’est un moment paisible entre copines ou l’on refait le monde sous les toiles !!! Et puis de créer ses objets c’est assez sympas… Je réalise beaucoup d’objets de forme ronde. Je parts en général d’un petit croquis et le travail de la terre nous offre pleins de formes possible… J’aime les différentes étapes du travail de l’objet, séchage, ponçage, couleur, et émaillage… au final tu as souvent des différences avec le croquis initial mais, au niveau créativité c’est infini.

Mais comment tu fais pour trouver le temps?
Je fais ça quand les enfants sont à l’école. Et puis il faut se garder des petits moments
comme ça, pour le bien être !!! Le sport, les loisirs, c’est super important… C’EST CA LA VIE !!!

On peut dire que tu réalise le rêve de chaque femme : négocier famille, boulot et loisir?
Je ne sais pas si c’est le rêve de chaque femme, mais c’est un choix. J’ai toujours eu une vie dynamique même sans enfants …

La poterie, pour toi, c’est un plus pour appréhender l’architecture? 
Oui, certainement, même si tu restes à l’échelle de l’objet: des tasses, des vases, des photophores… L’espace, je l’appréhende plus en réalisant des maquettes. Je prends le temps d’en faire mais pas à chaque fois car avec la 3D c’est un outils plus simple quand même… Ce que j’aime en réalisant les maquettes c’est de travailler sur les textures, les ombres et les lumières…

Dis donc, t’es active, tu bricoles beaucoup! 
J’essaye, c’est vrai que les journées me semblent trop courtes!!! Même si j’ai l’impression que je pourrai faire encore plus! C’est peut-être génétique aussi, mon frère est designer produit et fait du mobilier.

le détournement d’objet

D’ailleurs ton intérieur donne l’impression que tu récupère pas mal d’objets!
C’est vrai que j’adore récupérer, recycler des objets. “Rien ne se perd, tout se transforme!” Cela me distrait d’offrir une seconde vie aux objets dont l’état ne permet plus d’être utilisés. Tous ces objets que l’on jette à la poubelle peuvent être valorisés. Il suffit parfois de les peindre, de les réparer ou de les détourner de leur fonction initiale pour leur donner une nouvelle vie.

Et ce coté manuel et créatif, tu ne voudrais pas en faire ton métier?
Si, ça me plairait bien. Pas faire de la brocante parce que c’est autre chose, mais redonner vie à un objet, par un simple coup debrosse, ou un coup de peinture, pourquoi pas!

Et alors qu’est ce qui t’empêche de le faire ? juste fais le !!!
Oui, rire, YAKAFOKEUH!!! En fait, c’est plutôt le coté matériel, on va dire et c’est aussi une question de temps. Il faut pouvoir en vivre, et c’est plutôt compliqué. Il faut aussi pouvoir avoir un local pour travailler et stocker. Mais ça m’a toujours plu, même avant d’être étudiante. Je me rappelle d’une anecdote avant de partir à la Réunion, on a fait appel à un déménageur et à chaque meuble il nous demandait si on y tenait vraiment car tout était de bric et de broc et que c’était du meuble chiné. Personnellement je trouve que ça créé des intérieurs plus personnalisés dans lesquels je me sens bien. Mais si je devais faire un autre métier, ça serait un métier de composition et manuel, comme fleuriste par exemple. Je ferais des trucs conceptuels comme créer des vases qui s’associeraient à la composition du bouquet.  Ah, oui, c’est bonne idée ça.  En fait, y’a pleins de choses à faire…
Merci Mathilde