Le Lazaret n°1

Maître d’ouvrage: Conseil général de La Réunion.
Travaux: 2004/2011. Rénovation

Une histoire sans fin

Ce fut le premier chantier archéologique lancé à La Réunion, par le Département. Menée par l’association Cham (Chantiers d’histoire et d’archéologie médiévales), la rénovation du Lazaret de la Grande-Chaloupe a mis sept ans à aboutir. Aujourd’hui est visible une partie de l’histoire de ces ouvriers agricoles, les engagés, qui pour certains seront nos parents.

 Le cimetière ou la mémoire vivante… 

“Nous n’avons pas de traces des tombes des engagés”, explique Laurent Hoarau qui, au sein de l’association Cham a mené la rénovation du site. «Nous ne pouvons pas non plus fouiller un cimetière vivant». Depuis les années quatre-vingt, l’histoire et le militantisme associatif se sont réapproprié l’endroit comme lieu de mémoire, de souvenir et d’hommage à un ancêtre. En 1997, l’association Tamij Sangam y dépose une stèle commémorant l’engagisme indien. Il ne fut pas le seul mais c’est déjà un début de reconnaissance pour ceux qui sont passés par le Lazaret de la Grande-Chaloupe. En face de nous, donc, de «vraies fausses tombes» entretenues par des anonymes. L’épopée du Lazaret ne s’écrit donc pas que dans des livres. Mais grâce aux travaux académiques, on a pu retracer les grandes lignes de son existence. Quand le Lazaret n°1 est livré en 1863, il est déjà saturé. Il reçoit six cents personnes pour une capacité de… cent! En 1898, on construit l’infirmerie. Une avancée sanitaire qui sépare les malades des bien portants. Une autre histoire du Lazaret saute aux yeux, l’un des deux dortoirs est occupé par la DDE. De 1957 à 1963, le lieu sert de logement de fonction aux ouvriers de la route littorale. Accolée à la façade est de la longère au fond du site, une bétonneuse mécanique témoigne de cette activité. On n’a aucune trace par contre de la période entre 1938 et 1946, pendant laquelle on y soigne les prostituées du Port. Les années cinquante voient le lieu être victime des crues de ravines et des éboulis de la falaise.

L’infirmerie et le dortoir, le gros de la rénovation 

En 2004, quand l’association Cham et le Conseil général commencent la rénovation du Lazaret, un spectacle peu encourageant les attend : un incendie a ravagé l’infirmerie encerclée d’herbes tellement hautes qu’elle est à peine visible, la cour est remplie de blocs de la route littorale et certains murs ne tiennent que grâce à la chance. En 2011, ils parviennent tout de même à restituer le lieu avec à peu près son aspect du XIXe siècle. Le Lazaret était un lieu clos, on y utilisait les matériaux des alentours. Grâce aux fondations, s’enfonçant jusqu’à 1,50 m, on a pu le relever. Partout, on a réutilisé des matériaux similaires à ceux du XIXe siècle : du bois et de la pierre. Et pour les teintes, on sait qu’on les créait en mélangeant de la terre et des pigments; malheureusement on a perdu la recette. Paradoxalement, les éboulis destructeurs ont permis la conservation de la couleur d’origine sur le mur sud du dortoir. Il fallut en remonter les murs et fortifier les fenêtres… Mais toujours dans un souci d’authenticité, on n’utilise que des assemblages en bois protégés par de la chaux, pour permettre aux pierres de bouger sous l’action des changements de température. Mais les Bâtiments de France demandent tout à coup que l’on s’arrête : il faut aussi conserver l’aspect de ruines. Petite déception, mais il faut s’exécuter. Devant, un trou dans le sol intrigue. “Non ce n’était pas la piscine des engagés mais le niveau du sol au XIXe siècle”. Bien 70 cm plus bas quand même.

Texte: Gabrielle Charritat. Photos: Christophe Pit
Publié dans BuzBuz n°12 – www.buzbuz.re 

 

 

 

 

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