La réponse d’Huguette Bello au questionnaire de l’Ordre des architectes

Monsieur le Président,

L’aménagement et le logement sont deux priorités importantes inscrites dans le programme de notre liste.
1° – L’aménagement est une compétence majeure de la Région avec un outil important, le SAR (schéma d’aménagement régional), dont la mise en œuvre a été particulièrement négligée au cours de la dernière mandature et qui est même attaqué dans son principe aujourd’hui par la liste du président sortant.

Nous redonnerons au SAR sa fonction d’outil de base de l’aménagement au niveau régional. C’est essentiel pour un développement équilibré du territoire et un réel développement durable. C’est essentiel si l’on veut préserver, dans une île aux équilibres fragiles, notre capacité à répondre aux grands enjeux et aux besoins de la Réunion à l’horizon de 2030 : en termes de développement économique et de créations d’emplois, d’infrastructures et de grands services à la population et bien entendu de construction de logements.

Comme vous le savez, l’importance du SAR vient d’être consacrée au plan national par la loi NOTRe du 7 août 2015, qui étend aux SAR des régions de la France hexagonale la portée juridique que possédaient déjà les schémas des DOM, à savoir leur opposabilité aux documents d’urbanisme locaux (SCoT et PLU).

Afin de prendre en compte les évolutions en cours (transition énergétique, réchauffement climatique) et les enjeux d’avenir comme le numérique et les politiques de déplacement (retour du rail), nous mettrons en révision le SAR adopté et révisé en 2010/2011mais qui n’a reçu que peu d’application. Je veux en faire un grand moment de réflexion concertée afin que l’ensemble des institutions et forces vives du territoire s’approprie cet outil, dans son élaboration comme dans sa mise en œuvre.

Deux questions doivent faire l’objet d’une attention particulière : d’une part quelle maîtrise de l’étalement urbain ? D’autre part, comment penser le territoire rural dans le contexte géographique, historique, culturel et social qui est le nôtre ? La liste que je conduis veut franchir un pas décisif dans
le caractère transversal de l’aménagement des Hauts, en en faisant une s’m’ micro région. La question de l’aménagement de ces espaces ruraux et de montagne, celle de la localisation et de l’adaptation nécessaire du bâti (mixité architecturale) seront au cœur de la réflexion menée, avec l’impératif d’une mise en œuvre opérationnelle du nouveau schéma dans les meilleurs délais.

2° – Notre programme pour le logement est volontariste et a un triple objectif : répondre aux besoins actuels et à venir (échéance du million d’habitants en 2030), relancer un secteur du bâtiment qui a connu une crise sans précédent, créer des emplois dans une région aux taux de chômage hors normes.

Nous projetons la création en six ans de 30 000 logements, dont 9 000 accessions à la propriété, et 3 000 opérations de rénovation par an. Tous les leviers seront mobilisés pour y parvenir, financiers, fiscaux, fonciers …Ce dernier point sera particulièrement traité, en utilisant notamment l’outil opérationnel que constitue l’EPF, pour lever l’un des freins encore importants au décollage de la construction.

Notre réflexion, qui devra être complétée par un dialogue étroit avec les professionnels, nous conduit aujourd’hui à des orientations qui nous paraissent imposées par l’état de notre aménagement, les évolutions et impératifs de développement durable et notre contexte démographique et social à savoir :

— Des opérations urbaines exemplaires en termes de qualité architecturale, de prise en compte de la transition énergétique, de lieux de vie (équipements et services) et de mixité sociale ;

— La préservation de notre patrimoine architectural. Il s’agit notamment, là où c’est possible, de redonner « droit de cité » à l’architecture traditionnelle, en termes de techniques de construction, de climatisation liée à ces techniques, d’utilisation de matériaux locaux, d’esthétique, de recours au savoir-faire de nos artisans locaux… Compte tenu des coûts (compensés socialement par des emplois) des aides particulières pourront être mises en place.

La compétence « logement », tant dans la programmation que dans la réalisation, est une compétence partagée faisant intervenir l’Etat et les collectivités territoriales. Toutefois au travers des orientations et prescriptions qu’elle fera inscrire dans le SAR, la Région souhaite impulser et garantir la mise en œuvre d’une politique ambitieuse et cohérente dans ce domaine.

Je sais les efforts faits par votre profession dans le sens de ces orientations et je veux vous assurer de mon engagement à renforcer le concours de la Région pour relancer une politique de logement non seulement d’ampleur et de qualité mais aussi dynamique économiquement et contribuant à la cohésion sociale, un des critères majeurs d’une politique de logement réussie.

3°- L’association des professionnels à la mise en œuvre de notre programme sera un des points clés de notre mandature, dans le droit fil de son élaboration qui a été marquée par le rôle joué par les
« ateliers citoyens ».

— La révision du SAR associera bien entendu les architectes. Que ce soit en secteur urbain ou en zone rurale, nous avons un impératif de réussite de notre aménagement qui conditionne le développement sous tous ses aspects, économique, social et humain. Nous devons en particulier passer à une nouvelle étape du développement urbain qui garantisse la pérennité de notre « vivre ensemble » réunionnais. Les décisions qui sont prises dans ce domaine engagent l’avenir pour des décennies et le rôle et l’apport de votre profession sont à cet égard historiques et fondamentaux ;

— La mise en œuvre de notre programme en matière de logement exigera une planification efficace dont nous prendrons l’initiative dès les premières semaines de la mandature et qui intègrera notamment la place des professionnels – architectes, entreprises locales…- dans sa réalisation.

Les conseils de votre profession nous seront précieux compte tenu de l’ampleur du projet, de la technicité et parfois de la complexité des questions à régler, de l’exigence de qualité à laquelle je suis particulièrement attachée et c’est bien volontiers que je prendrai très rapidement l’initiative d’une rencontre.

— Nous souhaitons également impulser une politique de commande publique qui peine aujourd’hui à apporter une contribution attendue depuis trop longtemps à la relance économique.

La NRL ne doit pas aggraver la situation des opérateurs du BTP non concernés par ce chantier, en asséchant les commandes de la région, directes ou indirectes (subventions d’investissement aux communes et intercommunalités). Une de nos premières préoccupations sera ainsi de maintenir une enveloppe d’investissements annuels qui assure la continuité des actions régionales dans ses divers domaines de compétence et une commande publique économiquement nécessaire.

Au-delà des commandes propres à la Région – nous proposons notamment un plan lycées qui comporte constructions et réhabilitations – nous souhaitons promouvoir une politique harmonisée des marchés publics des collectivités territoriales, qui concernera à la fois l’accès des petites entreprises à la commande publique, la planification, les modalités de mise en œuvre…

Un des objectifs de cette action sera notamment celui d’une commande publique exemplaire, objet de votre question n° 6, à laquelle je tiens aussi particulièrement et personnellement, tant sur le plan de sa régularité que sur celui de son efficacité. Nous échangerons également sur ces aspects techniques. Sachez que le souci de qualité que j’ai rappelé précédemment impliquera la procédure la plus adaptée et notamment le concours d’architectes s’agissant des opérations pour lesquelles il sera le plus approprié. De même la « mieux disante » doit rester le critère général de sélection, concernant en particulier les marchés de maîtrise d’œuvre.

Je tiens à vous remercier de l’intérêt porté par votre profession à ces élections et vous dire combien j’estime importante votre implication dans l’aménagement et le développement de notre territoire. Dois-je rajouter que je porterai une attention particulière à la formation de nos futurs architectes et que je continuerai à soutenir l’implantation d’une École d’architecture de plein exercice à la Réunion ? Il est en effet primordial que la seule école d’architecture française située en milieu tropical puisse continuer à se développer et à se prévaloir, notamment à l’international, d’une véritable expertise en la matière.

Je vous renouvelle mon intérêt pour un partenariat nécessaire et fructueux avec votre profession, qui pourra se traduire par une instance de concertation régulière, dans le cadre de la mise en application de notre programme ou sur d’autres questions d’actualité touchant aux grandes évolutions règlementaires ou sociétales.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations distinguées.


Huguette Bello


Le questionnaire adressé aux candidats aux régionales 2015

 

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