La place de l’architecte

Notre profession a, depuis quelques années, démarré une mutation, accélérée par la crise économique. Les changements s’opèrent à plusieurs niveaux, provoquant des dérèglements de la place de l’architecte au sein de l’acte de bâtir. A l’heure où notre ministre de la Culture, Mme Aurélie Filippetti, lance les concertations nationales sur l’architecture, dont l’évolution de l’enseignement, il est intéressant pour ne pas dire nécessaire pour la survie de l’architecte, de mettre en parallèle : les difficultés que rencontre l’homme de l’art dans son exercice au quotidien, la reconnaissance de son travail auprès des décideurs comme du grand public, les mutations de la société dans l’approche qu’elle a de l’acte de bâtir.

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Le Lavoir, Saint-Pierre.Architecte: Michel Reynaud, 2APMR. Ph: H. Douris

S’il y a quelques années encore, il était usuel de définir l’architecte comme homme de l’art, aujourd’hui il n’est pas sûr de retrouver cette terminologie dans notre entourage.

Peut on encore parler d’art ? Les architectes le veulent-ils au moins ? Ne baissent-ils pas les bras en se qualifiant ou se cantonnant parfois de leur propre chef, à un rôle de super technicien ? Nous devons regagner des lettres de noblesse, revaloriser notre image, conforter notre pouvoir, pour ne pas être noyés dans cette jungle de techniciens qui fleurissent de toute part, qui prennent des parts de marché, tout simplement parce que leur technicité est meilleure que celle de l’architecte. Notre savoir est ailleurs !

Nous devons, en saisissant la chance des concertations nationales en cours, nous poser les vraies questions qui permettront de requalifier notre place dans le paysage professionnel! Délocalisons le débat sur notre département, échangeons sur ce thème, définissons notre vision de notre métier! Chacun doit s’exprimer, au risque de se laisser embarquer malgré lui dans un train sans marchandise… quel poids aurait-il demain ?

Profession ou métier ?

D’ailleurs exerçons-nous une profession ou un métier ? Voilà sous l’apparence d’une question anodine, voire inutile, toute l’ambiguïté de notre «statut» d’architecte en 2012. L’architecture, paradoxalement, s’éloigne d’une forme unique du «métier» impliquant un savoir faire avec des techniques intrinsèques, pour se diriger clairement, sous un aspect poly forme vers une «discipline».

Que cela implique-t’il ? Aujourd’hui nos jeunes confrères ne s’orientent plus exclusivement en maîtrise d’œuvre traditionnelle, pour laquelle nous avons été formés et pour laquelle nous formons encore. Nous les retrouvons en cours ou en fin de formation, orientés volontairement en urbanisme, paysage… (facilités par les passerelles du licence /master/doctorat), mais aussi l’ADE (Architecte Diplômé d’Etat) en poche (feu DPLG), vers la maîtrise d’ouvrage privée ou publique, le conseil, le fonctionnariat, la recherche…..

Que proposons-nous?

Les architectes doivent être conscients de cette mutation. L’image est brouillée, l’architecte n’est plus sur son piédestal, et il s’en offusque… mais quelle image donne-t’on nous même de notre profession? Que proposons nous? Quelle idée novatrice de gestion de notre profession est on capable d’offrir?

D’une part cette transformation de notre statut va plus vite que notre propre prise de conscience, d’autre part nous sommes rattrapés par un champ professionnel si large qu’il nous échappe, parce qu’on ne l’a pas maîtrisé, parce que nous ne nous sommes pas donné nos propres directions ! Nous creusons nous même notre propre trou en nous dévalorisant, de la formation à l’exercice, tout en râlant d’être aussi peu considéré. A quand le «Grenelle de l’architecture, de l’aménagement et du paysage » ? C’est volontairement que je regroupe ces trois thèmes, car l’architecte de 2012 se doit d’être pluridisciplinaire, d’occuper et de s’emparer de tous les différents champs qui gravitent autour de sa profession.

Dès lors nous redeviendrons chef d’orchestre. Alors quelle place veut-on ?

Ensam
Ensam 


Pierre Rosier, architecte DPLG
Directeur de l’école d’architecture de La Réunion (ENSAM)

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