La boutik lontan livre ses secrets

La dernière expo du CAUE célèbre la boutik, symbole du patrimoine commercial local, avant que celle-ci ne tombe dans l’oubli.

Le CAUE propose un regard sur l’évolution du patrimoine commercial de l’île. Photographie de F. L. Athénas

Les bonbons Loriot, le parfum Pompeia ou les sardines Robert… La “boutik lontan” évoque chez chacun d’entre nous des parfums, des saveurs et un regard attendri. Car de la petite boutique sur le bord du chemin au commerce des villes, « la boutik » non seulement offrait des services de proximité mais participait au maintien du lien social dans les villes comme dans les écarts. Le CAUE a décidé de s’emparer de ce symbole du patrimoine commercial pour en faire une exposition. Laquelle a été inaugurée pour les Journées nationales de l’architecture. Plusieurs panneaux proposent un regard sur l’évolution du patrimoine commercial de l’île. Ces panneaux sont complétés par l’exposition des photos de François-Louis Athénas, photographe réunionnais qui propose ici un travail de trente années d’observation de ces lieux de commerce mais aussi d’identité créole. Un beau livre, édité en 2017, développe d’ailleurs de manière plus large l’iconographie proposée lors de l’exposition.

La caverne d’Ali Baba

L’intérieur des boutiks lontans produit une ambiance particulière qui fait naître chez le passant un sentiment d’émerveillement face à l’accumulation jusqu’au plafond des marchandises présentées dans les vitrines, rangées sur les étagères ou suspendues dans un espace très limité.

Les première épiceries sont apparues à la fin du XIXe siècle et répondaient principalement aux besoins de première nécessité des habitants dans les écarts. Elles proposaient une diversité de produits allant des denrées alimentaires aux outils, en passant par des allumettes ou du parfum. Elles étaient principalement tenues par la communauté chinoise, dont le nom de “boutik sinoi” même si l’on retrouve également le même type de boutique tenu par des créoles et des malbars.

Petite de l’extérieur, riche à l’intérieur

Cette petite boutique, si petite de l’extérieur est si riche à l’intérieur. Située sur un axe important ou au croisement d’itinéraires majeurs, la petite boutique est une construction sommaire. Elle est chapeautée d’un toit à deux ou quatre pans et s’ouvre directement sur la rue par deux portes fenêtres protégées par un auvent. Certaines disposent d’une petite guérite ou fenêtre grillagée pour servir exceptionnellement les clients en cas d’urgence.

L’exposition partira ensuite en itinérance autour de l’île.

Installée principalement dans les écarts, elle répond aux besoins de première nécessité, allant de la boîte de conserve aux fournitures pour les couturières.

Souvent, un seul volume fait office de boutique et d’habitation. La construction se développe en profondeur. De la grande salle, on passe directement aux magasins où sont entreposés les sacs de riz, le vin en fût… Les espaces de sommeil et de cuisine suivent en enfilade où s’entremêlent aux espaces de la boutique.

L’apparition de la buvette

Dans les années soixante, la loi sur la vente d’alcool a entraîné une adaptation des boutiques. La partie buvette se voit alors séparée de la partie alimentaire, le plus souvent dans une annexe jouxtant la boutique, toujours en alignement sur la rue. Les hommes du quartier, amateurs du “p’tit coup d’sec”, aiment s’asseoir sur le petit perron en béton, installé devant la buvette, pour discuter.

La boutique des temps modernes

Les boutiques n’échappent pas à l’engouement pour le béton des années 50-60. Pour répondre à des besoins de rénovation ou d’espaces supplémentaires, la petite boutique est parfois abandonnée au profit d’une toute nouvelle construction réalisée en béton par un architecte.

La boutique s’inscrit alors dans le courant architectural du mouvement moderne importé d’Europe. Elle reprend les codes du cube béton conçu pour l’habitation, alors symbole de réussite et de modernité. La volumétrie du cube, la toiture plate, le porte à faux et les jalousies de marque Naco caractérisent cette construction. Le rez-de-chaussée largement ouvert de vitrines est dédié au commerce alors que l’étage est réservé à l’habitation.

La boutique dans nos villes de demain

L’ère de la grande distribution et de l’automobile fait petit à petit tomber dans l’oubli nos boutiques traditionnelles de proximité. Pourtant, à l’heure de la frugalité, tant dans nos consommations que nos déplacements, ces boutiques de proximité présentent des avantages certains. Positionnées au coeur des lieux de vie, elles peuvent limiter nos déplacements, favoriser le lien social en générant des rencontres, des échanges, de l’entraide, de l’économie circulaire et locale. Elles questionnent la ville que l’on souhaite pour demain, et la place du patrimoine…

Boutik lontan” et “Boutiks fonnkér”, deux expos sur les boutiques jusqu’au 30 octobre au CAUE, célèbrent ce symbole du patrimoine commercial local, avant qu’il ne tombe dans l’oubli.
Informations pratiques

 

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