José-Antonio Vigueras, une architecte en Languedoc

Vous ne le connaissez pas et pour cause il n’exerce pas à la Réunion, mais dans le Languedoc- Roussillon. C’est en faisant un petit détour pendant mes vacances que j’ai pu passer 2 heures avec lui, et ça fait du bien de constater, qu’à l’autre bout du monde….. les architectes ne sont pas si différents : on a en commun les galères mais aussi et surtout la passion. Voilà… c’est ça ce que je voulais sur José-Antonio Vigueras

 

Jose-Antonio-Vigueras

José, tu es un particulier, notamment de part ta double nationalité franco-espagnole, qu’est ce qu’elle t’apporte?

Une certaine liberté, je ne me sens pas appartenir à quelque chose…Malgré une certaine empreinte culturelle, je n’ai jamais pu me définir comme étant l’un ou l’autre. Et cela m’a donc amené à construire mon identité à travers diverses cultures.

Tu n’as jamais pensé à t’installer en Espagne par exemple?

Si, je me le suis dit plusieurs fois.

Et alors…!

Les circonstances et aussi à cause de difficultés économiques…. Du coup je n’ai pas vraiment essayé.

Ca t’aurait plu?

Oui, bien sur j’aime l’Espagne, mais mes amis sont ici. Et puis on a beau aller à l’autre bout du monde, au final on “traine toujours ses casseroles”, je ne sais pas si j’aurais été plus heureux!

Ton architecture est elle marquées par ses influences?

Moi ça a toujours été le coté traditionnel japonais.

Pas spécialement par l’Espagne?

Non, pas tellement.

Tu ne nous fait pas des patios “à tout va”?

Attention, j’adore les patios et c’est un des éléments sur lesquels je travaille, mais il m’est inspiré autant par que le coté européen que le cote japonais parce que t’as aussi le jardin japonais avec la maison qui se déploie autour, c’est le principe du patio.

Donc l’Espagne ta apporté le gout de la liberté…?

Le fait d’appartenir à la culture espagnole autant que française, me permet de ne pas me sentir contraint et du coup je me sens chez moi partout. J’adorerais pouvoir vivre un peu partout dans le monde, pour moi c’est ça la liberté et ça serait la vie rêvée…

Tout en étant ?!

J’ai été marqué par mon parcours d’architecte et j’aimerais toujours faire de l’architecture mais plutôt sur de la maison individuelle, j’ai du mal à sentir l’humanité dans les gros projets et notamment sur les contraintes que nous donnent les maitre d’ouvrages.

Pour revenir sur ton parcours, après avoir travaillé pendant 5 ans, puis passé ton diplôme sur le tard, tu as créé avec un ami d’enfance “Atelier Nostra”…

On a commencé par de la sous traitance pour un architecte, des résidences de tourisme et de plus en plus on fait du petit collectif. Et 4 mois après notre installation… la crise est arrivée.. Si on pouvait choisir, ça serait d’arriver à faire des projets de collectifs, pour le coté alimentaire, et de s’éclater sur de l’individuel…

C’est un métier difficile? Tu rêvais de ça en étant petit?

Non, parce que la partie plaisir est seulement 10%…. et 90% d’embrouilles!

Ce n’est pas une passion…?!

Au départ c’est l’imaginaire… Je suis un peu frustré par l’archi, car le coté créatif n’est pas assez représentatif, d’ou le fait de m’orienter vers une profession ou cela serait plus présent. Au départ le dessin était un média. Comme l’écriture finalement. Je me suis mis à écrire, et essayer d’en vivre…. à la différence de mon associé qui lui voulait faire archi depuis la naissance.

C’est vrai qu’imaginer des histoires c’est plus mon truc. C’est une gymnastique quotidienne faite d’imaginaire.
Voyager avec mon Mac, écrire n’importe où, voilà pour moi la liberté. Dans l’écriture on met de soi, de la philosophie orientale, des arts martiaux… Tu peux exprimer tout ce qui te plait. En fait, j’ai passé tardivement mon diplôme, parce que j’ai eu une longue période pendant laquelle j’ai dessiné pour des bureaux d’études afin de m’adonner à l’écriture parallèlement, mais au final c’était difficile à gérer et j’ai préféré dans un premier temps vivre de mon architecture, et j’ai passé mon diplôme à 37 ans…

C’est une fierté?

Je ne complexe pas par rapport à l’âge, plus par le manque d’expérience. Ceci dit j’ai rencon-tré beaucoup d’archis avec de l’expérience qui font des trucs nuls… j’ai un bon recul par rapport à ça!

Ce serait quoi ta fierté alors?

Pour aller un peu plus loin, je voudrais vivre de ma passion : j’ai besoin de sensations pour fonctionner et par extension, pour vivre tout simplement.

De quoi sont faites tes histoires?

L’idée c’était de rendre les choses un peu plus belles: dans mes histoires, ça parle toujours un peu de quête, d’épreuve. On recherche tous quelque chose. C’est le même principe que le déroulement d’un film et mes personnages sont toujours dans la difficulté. Ils ont besoin de vivre des épreuves, dans un univers mystique, apocalyptique. C’est ce qui me plait dans cet exercice… Dans ma vie c’est ce qui me manque un peu, et j’ai besoin de l’exprimer.

L’histoire du roman que j’écris a été posée en 5 min dans un café. Je me nourris de toutes mes expériences, de mes fantasmes…. Depuis mon enfance j’ai toujours fait appel à mon imaginaire pour affronter la réalité: la peur par exemple et paradoxalement c’était mon imaginaire qui la nourrissait!

Ton père était maçon, ta mère femme de ménage, être archi c’est comme une revanche peut être…

Une revanche, oui… J’ai eu l’impression toute ma vie d’avoir fait ce qu’on attendait de moi, plus maintenant.
Avec l’écriture personne ne m’attends, et j’ai l’impression que ma vie démarre à 39 ans.
Je me sens beaucoup mieux, j’arrête de douter… les choses n’ont jamais été aussi limpides en fait.
Mais je sais que personne dans mon entourage n’est d’accord, ou même ne comprendra…

Mais finalement il vaut mieux être incompris que loin de son rêve.. Et pourtant c’est courant ce genre de choses…

Quand je suis allé au Laos, il y avait un Laotien de 50 ans, bilingue, qui avait fait ses études au Canada, il venait méditer avec nous, dans le temple, il me servait d’interprète, et en discutant avec lui, il m’a dit qu’ il lui manquait quelque chose… Il a décidé de revenir vers ses racines et de faire une retraite spirituelle… à 50ans. L’important c’est le chemin, c’est de vivre des choses…

Que t’as apporté cette expérience de retraite spirituelle?

De découvrir certaines partie de moi, Les limites de ma spiritualité, de mon mental. Ca m’a appris sur le pouvoir de l’esprit. Avec les bonzes, on parlait de tout, des voyages notamment, de la maitrise de la méditation, des quatre éléments. Par exemple avec le vent, tu peux voyager par l’esprit, ou tu veux, c’est pour ça que j’aime l’imaginaire… Mais il faut de l’entrainement, et certainement des milliers d’heures de méditation pour arriver à ce niveau!

La réalité est décevante alors?

Non, car la réalité contient le merveilleux… En fait elle est son support, comme les racines d’un arbre. Et après tout, nous ne connaissons pas la réalité, nous avons juste une perception de cette réalité. (Admettons que cela est une construction de l’esprit, comme l’imaginaire, troublant, n’est-ce pas?) La passion, je l’ai trouvé dans mes voyages, ou dans les arts martiaux… et dans divers autres hobby ; des rencontres, l’amitié, l’amour, etc.

Tu peux dire que tu es un homme heureux aujourd’hui?

Oui et non, pas encore à ma place, mais sur la voie, je ne suis pas arrivé en fait…. Je connais le chemin, mais je n’y suis pas encore. Je dois trouver l’équilibre… la liberté. Avec une contrainte, dans un an je dois sortir mon premier roman…

Entretien : Céline Delacourt