Conférence: le Théâtre de plein air de Saint-Gilles et Jean Tribel

En 1970, dans les hauteurs de Saint-Gilles, un théâtre à lʼarchitecture peu ordinaire sʼoffrait au public dans son plus simple appareil. Entièrement composé dʼun béton brut et froid, le Théâtre de Plein Air sʼinstallait en plein milieu dʼune végétation «savaneuse». Décor inattendu dans un paysage où la nature est reine.

Retrouvez, ci-dessous, les principales interventions lors de l’intéressante conférence de Jean Tribel, le 17 septembre au CAUE.  Passionnante confrontation entre l’exposition de photographies de François-Louis Athénas et le concepteur de ce théâtre, qui retraçait cette aventure plus de 40 ans après.

FL Athénas

M. Daniel HUET
conseiller général et président du CAUE

Pour une soirée dédiée au Théâtre de plein air de Saint-Gilles, on ne pouvait pas rêver mieux que de vous accueillir en plein air dans le jardin du CAUE.

Le public ne nous en tiendra pas rigueur, mais de peur que le ciel ne tente une improvisation inattendue, nous avons cependant préféré nous couvrir avec cette toile de tente. La scène se déroule en 1970, dans les hauteurs de Saint-Gilles, le premier théâtre populaire de lʼîle était livré au public dans son plus simple appareil.

Entièrement composé dʼun béton brut et froid, le Théâtre de plein air de Saint-Gilles, TPA pour les intimes, sʼinstallait dans la savane. 40 ans après, lʼun des théâtres de plein air les plus connus en France se voit inscrit au titre des Monuments historiques et décoré du label Patrimoine remarquable du XX° siècle. Deux récompenses qui soulignent son caractère exceptionnel et sa valeur patrimoniale pour la société réunionnaise.

Dans le cadre de sa mission de sensibilisation au patrimoine architectural de lʼîle, et sur la suggestion de Yves Michel Bernard, historien de lʼart et co-auteur dʼun ouvrage sur le théâtre, le CAUE a souhaité mettre en scène cette œuvre remarquable en proposant une exposition des photographies de François Louis Athénas.

Lʼinauguration de cette exposition, à lʼoccasion des Journées du patrimoine, ne pouvait se faire sans la présence de lʼacteur principal de la pièce. Nous avons donc le plaisir dʼaccueillir, sur notre scène non coutumière, une pointure de lʼarchitecture «brutaliste» : Monsieur Jean Tribel. Nous tenons à vous remercier dʼavoir accepté notre invitation et de bien vouloir nous donner la réplique ce soir.

Charlie Chaplin disait : “le théâtre sʼadresse à lʼémotion avant tout”. Et nous avons hâte que vous nous fassiez partager lʼémotion éprouvée lors de la réalisation du théâtre de plein air de Saint-Gilles. On dit que cʼest surtout au théâtre que chacun est responsable de ses actes, et cette pièce nʼaurait jamais pu être mise en scène sans le soutien dʼimportants acteurs : le Département de la Réunion, la Direction des Affaires culturelles, lʼOrdre des architectes et lʼÉcole dʼarchitecture. Nous les remercions tous dʼavoir joué leur rôle avec brio.

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Vincent CASSAGNAUD,
architecte des bâtiments de France, chef du service du patrimoine de lʼarchitecture et de lʼurbanisme, Direction des affaires Culturelles de lʼOcéan Indien

Avec son inscription au titre des monuments historiques, la Commission régionale du patrimoine et des sites a considéré que le théâtre de Saint-Gilles constituait un témoignage éloquent de l’architecture «brutaliste» à la Réunion.

Construit à partir de 1968 sur un terrain de l’ancien domaine de l’Éperon, cet équipement culturel réinterprète avec force les canons de l’architecture du théâtre grec. Plus qu’une simple construction, il s’agit en fait d’une subtile intervention consistant notamment en un savant remodelage du site. En lieu et place du traditionnel mur de scène, un portique constitué de voiles de béton s’ouvre sur le paysage ; ce dernier n’étant pas sans rappeler quelques arides collines du Péloponnèse. Outre la transparence ainsi générée, une telle organisation permet une grande souplesse quant à l’aménagement de l’espace scénique.

Au final, seule la présence totémique du grand pylône support de régie technique permet de signaler le théâtre dans le paysage. L’apparente sobriété émanant de cette réalisation relève en fait d’une remarquable assimilation des données du programme associée à une toute aussi juste adaptation à la topographie du site. En résulte une architecture dont la plastique radicale n’en demeure pas moins sensible.

Encore peu protégé au titre des monuments historiques, le patrimoine architectural, industriel et technique du XX° siècle constitue, sur le plan de sa conservation et de sa mise en valeur, un des enjeux culturels des années à venir auxquels est confronté le Ministère de la culture et de la communication.

Institué par la circulaire N°2001/006 du 1er mars 2001, le label «Patrimoine du XX° siècle» permet la reconnaissance de la diversité et de la qualité de la production architecturale de cette époque. Contrairement au protections traditionnelles, l’octroi de ce label est sans incidence juridique ou financière sur les édifices ou ensembles urbains concernés.

Même si elle n’avait pas encore attribué de tels labels avant celui du théâtre de plein air, la Direction des affaires culturelles-océan Indien n’avait pas pour autant oublié cette période de l’histoire contemporaine. Quatre immeubles des Trente glorieuses dessinés par Jean Bossu ont ainsi déjà été protégés au titre de la loi de 1913 sur les monuments historiques tout comme cinq temples malbars de la première moitié du siècle dernier.

Après cette première attribution, la Dacoi va poursuivre dans cette voie en établissant une liste indicative des immeubles susceptibles d’être labellisés. A terme, une publication devrait être réalisée afin de valoriser ce patrimoine récent encore largement méconnu.

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Nassimah DINDAR
Présidente du Conseil général de La Réunion

Lorsque le Conseil général prend en décembre 1964 la décision de construire un théâtre à Saint-Gilles, sa délibération indique dʼemblée les buts poursuivis : «offrir à notre population des spectacles dʼune incontestable valeur culturelle et faire naître chez nos jeunes le goût du théâtre».

Cette décision politique confirme aussi que lʼun des premiers grands équipements culturels de la Réunion sera un théâtre de plein air, dʼoù le choix de confier sa réalisation à lʼAtelier dʼurbanisme et dʼArchitecture (A.U.A.) qui avait déjà édifié le théâtre de plein air dʼHammamet en Tunisie et travaillait alors sur celui de Djibouti.

40 ans plus tard, ce théâtre de béton, inspiré de lʼarchitecture hellénique, peut encore surprendre. Toutefois, depuis son inauguration en 1970, les artistes sont toujours heureux de sʼy produire et le public tout aussi attaché à sa fréquentation. Enfin, la récente inscription de ce site au patrimoine remarquable du XX° siècle répond à la volonté du Conseil Général de conforter la place de cette grande scène dans le payasage culturel réunionnais tant dans le domaine de la diffusion des arts vivants que dans sa dimension patrimoniale.

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Pierre ROSIER
Architecte DPLG, directeur de lʼantenne Réunion de lʼENSAM

Niché dans un paysage naturel magnifique, surplombant lʼocéan Indien, le Théâtre de Plein Air de Saint-Gilles, conçu par Jean Tribel, est un exemple de «brutalisme» dans lʼarchitecture. Comment imaginer sur une île tropicale, une architecture de béton exprimée dans son état premier? Comment penser un vocabulaire aussi éloigné de la culture tropicale et arriver à une acceptation de cette réalisation par les spectateurs comme par les artistes ? Cette architecture sʼinscrit dans la droite ligne du courant de lʼépoque, que lʼon découvre à travers les réalisations réunionnaises de Jean Bossu notamment.

Le Théâtre de Plein Air de Saint-Gilles, exemple dʼintégration que la brutalité architecturale rend encore plus fort sert régulièrement de référence à nos étudiants en architecture, dont les repères dans les formes, dans les matériaux, dans les courants comme dans le temps, sont indispensables à la formation.

 

Photos: François-Louis Athénas

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