Domaine de Montgailllard

Saint-Denis. Arch.: L’atelier architectes. 2008. Réhabilitation.

Modernisée en 1930 par la famille Morange, leur résidence de changement d’air était depuis une dizaine d’années laissée à l’abandon. La réhabilitation du site classé aux Monuments historiques répond à des normes très précises. Mais heureusement, une certaine liberté laissée aux architectes évite de transformer le lieu en musée.

“Le faux ancien, nous on ne sait pas faire” annonce Sylvain Guy de l’atelier Architectes. Son cabinet a eu la charge de créer un centre de conférences sur la résidence de changement d’air de la famille Morange dans les hauts de Montgaillard (Saint-Denis). Classé monument historique, le domaine de dix hectares comportait une résidence principale, une maison pour les invités et des écuries. Les trois bâtiments laissés à l’abandon servaient d’habitation aux cabris.

Les architectes et le maître d’ouvrage avaient la double tâche de respecter les normes patrimoniales et de transformer les écuries en centre de conférence avec auditorium. C’est pour ce lieu qu’il y a eu débat avec les services de l’Etat et municipaux. L’architecture créole classique se dote généralement de toits en pente. Si les écuries étaient devenues un fac-similé de patrimoine réunionnais, la taille du bâtiment aurait écrasé les deux autres. L’auditorium a donc été enfoui et le bâtiment d’architecture plus moderne ne s’impose pas aux autres. “Tout l’enjeu, ici, explique Sylvain Guy, est de ne pas choquer.”

Un choix réussi qu’apprécie Laurent Hoarau, historien chercheur indépendant en charge d’une exposition retraçant l’histoire du lieu : “Il ne faut surtout pas déguiser le moderne en ancien.” Il souligne aussi le travail des architectes pour donner une perspective en cavalière à “une ancienne allée de filaos sombre. La scénographie actuelle donne au lieu quelque chose de monumental.” En effet, assis sur le banc au bout de la promenade, vous pouvez contempler la mer à travers les portes ouvertes de la maison principale. Celle-ci aussi a subi des modifications. À l’origine, elle est divisée en plusieurs pièces : véranda et cuisine intérieures, salle d’eau et salon. Devant servir de salle de réception, les architectes ont opté pour la casse de toutes les cloisons. Pour que la rénovation ne soit pas choquante, ils ont harmonisé tous les carreaux au sol. Ce sont ceux de la salle principale qui ont été sélectionnés. Mais impossible de récupérer les originaux, le temps (et les cabris) les ayant trop dégradés.

Cette démarche prévaut pour l’ensemble du site. En effet, raconte l’architecte, “l’endroit était en ruine, nous avons dû procéder à des relevés très précis avant de tout faire tomber pour reconstruire avec des matériaux plus nobles.” Ainsi, la troisième bâtisse a pu renaître à l’identique, avec un mur de soutènement en pierres sèches. L’ensemble répond à l’idéal de “simplicité” du cabinet d’architecture. Reste maintenant à lui donner une nouvelle âme.


Les couleurs fondamentales

“À chaque fois que l’on gratte un peu les anciens bâtiments à La Réunion, ce sont ces deux couleurs qui reviennent” raconte Sylvain Guy. L’affirmation est confirmée par Laurent Hoarau, chercheur indépendant et par les services départementaux du patrimoine. L’historien précise aussi qu’en “général les lieux utilitaires comme les longères et les cabanons étaient rouges alors que les bâtiments publics de prestige se peignaient en jaune.” On parle ici de maçonnerie et non de boiseries.


Textes: Gabrielle Charritat. Photos: Christophe Pit
Publié dans Buzbuz #8. février/mars 2012

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