Dis, à quoi ça sert un architecte ?

Présents au salon de la maison sur le stand du CAUE, les architectes ont pu mesurer le chemin qui reste à parcourir pour faire mieux connaître leur métier et se défaire des clichés attachés à la profession.

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Durant le salon, les architectes se sont relayés pour parler de leur métier avec le public

La question peut paraître provocatrice. Il suffi pourtant de la poser dans les allées du salon de la maison pour s’apercevoir qu’elle n’était pas inutile et même révélatrice des clichés qui restent attachés à la profession. En tout cas, elle atteste du chemin qui reste à parcourir pour les architectes qui voudraient reconquérir le marché de la maison individuelle.

Cette année, l’Ordre des architectes et la Maison de l’architecture ont ainsi prêté main forte aux architectes du CAUE et aux juristes de l’ADIL pour animer un stand au salon de la maison. Pendant toute la durée de l’évènement, une quinzaine d’architectes volontaires se sont relayés pour parler de leur métier avec le publicproposer du conseil et présenter les projets retenuspour le Prix d’architecture de La Réunion (PAR), auquel d’ailleurs le public était invité à participer. 

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Cette année, l’Ordre des architectes et la Maison de l’architecture ont ainsi prêté main forte aux architectes du CAUE et aux juristes de l’ADIL pour animer un stand au salon de la maison

 Premier constat: pas facile d’exister au milieu d’un hall envahi par les constructeurs dont lepropos est justement de se passer de l’architecte. 

 « L’architecte, c’est pour les riches »

«L’architecte, c’est pas pour moi.» Telle est grosso modo la réponse qui  revient le plus souvent dans les allées du salonComme si travail de l’architecte était réservé à une élite. «L’architecte c’est bien, mais c’est pour les riches» nous explique Jimmy. Samuel ajoute de son côté qu’il n’aurait jamais «eu l’idée ni les moyens de s’en payer un.»  

Il y a ceux  pour qui l’architecte est définitivement réservé aux grands projets, à la commande publique. «L’architecte, c’est celui qui imagine les églises, les mairies, les écoles» nous dit Amalia.  Ahmed pense que son immeuble a bien été dessiné par un architecte mais il n’en est pas sûr. «La seule chose que je connais, c’est le nom de mon bailleur. Le nom de l’architecte, il n’est écrit nulle part dans l’immeuble.» 

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Le public a pu participer au Prix de l’Architecture de La Réunion

Et puis il y a ceux pour qui le travail de l’archi se résume au travail de conception, au dessin du projet. Les plans et c’est tout. Que l’architecte puisse proposer une mission complète, suivre un chantier, ils ne l’imaginent pas. «C’est bien beau d’avoir un joli plan, une belle image explique Dany mais après, il faut que ce soit réalisable.» 

Sébastien et  Mélanie, eux, se sont aperçus un peu trop tard à quoi pouvait bien servir un architecte. «On pensait ne pas en avoir besoin. Ose trompait.» Sébastien parle des mois de galère où il a dû s’improviser coordinateur de travaux, il évoque les nuits d’angoisse où il devaitmême prendre des cachets pour dormir«On croit qu’on peut le faire, mais en réalité, on se trompeLes entreprises vous voient venir de loin, elles vous font croire ce qu’elles veulent. Et au final, on se retrouve avec des délais imprévus et de gros dépassements de budget.» 

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Pas facile d’exister au milieu d’un hall envahi par les constructeurs dont le propos est justement de se passer de l’architecte

Dans un coin du stand , Nazir  Ravalia, trente ans d’inscription à l’Ordre, et qui tience jour-là le stand avec son fils Nayenarchitecte lui-aussisourit. « Je crois que s’il fallait une répondre à la question  “à quoi sert un architecte.”, ce jeune couple apporterait la meilleure des réponses.»  Lui, a l’habitude de dire à ses clients: «je vais vous faire économiser le coût de l’architecte.Parce que je ferai un projet qui colle à votre budget, parce que surtout je veillerai à ce que les entreprises respectent leurs délais et leurs devis.»  Sans compter bien sûr la garantie d’avoir une maison correspondant bien à ses besoins. 

«Chaque personne est unique et mérite un projet sur-mesure»  indique de son côté Nayen Ravalia. Pour lui, si les architectes sont absents du marché de la maison individuelle, c’est aussi qu’ils l’ont abandonné«Souvent, on entend dire: “c’est une source de problème, c’est compliqué à gérer, c’est pas assez rémunérateur.” Moi je m’éclate dans les projets de maisons individuelles. C’est important d’être présent sur ce marché parce qu’on participe au “mieux vivre”, mission essentielle de l’architecte.»

Dans un contexte économique difficile où le rythme de la commande publique risque de s’amenuiserles architectes de toute façon risquent de ne guère avoir le choix.

Laurent Bouvier

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