Des coûts de matériaux plus chers de 39% à la Réunion

L’observatoire des prix de la Réunion vient de rendre public une étude sur la formation des prix des matériaux de construction. Ils sont en moyenne 39% plus chers sur l’île.

Villas du Green - Arch.: Atelier Gazut @ H. Douris
Villas du Green (Sainte-Marie). Arch.: Atelier Gazut © H. Douris

Si l’enjeu de la maîtrise des coûts des matériaux sur l’ensemble d’un projet de construction peut paraître assez secondaire, les auteurs de ce rapport, au regard de la très grande fragilité économique des entreprises du bâtiment à La Réunion, estiment qu’une meilleure maîtrise de ces coûts des matériaux peut en réalité s’avérer déterminante pour la survie de nombre d’entre elles (en particulier les TPE/PME).

Les marges fluctuent énormément en fonction des matériaux

La sélection des matériaux à forts enjeux retenus dans le cadre de cette étude a été effectuée en analysant les importations à partir du fichier du service des Douanes. Un travail extrêmement minutieux a ainsi permis de dégager progressivement, en plusieurs étapes, 12 produits et matériaux dans l’ensemble des corps de métiers du bâtiment représentant 75 % de la valeur totale importée : profilés acier, ciment, climatisation, carreaux céramiques, câbles et fils conducteurs électriques, appareillage coupure/sécurité, charpente bois, robinetterie sanitaire, contreplaqué bois, enduit, peinture, plaques de plâtre. L’analyse de la provenance de ces produits a permis de montrer qu’à l’exception du ciment, ils étaient en très grande majorité importés d’Europe (la certification EU obligeant à passer par le vieux continent).

L’analyse de la chaîne de valeur pour chacun de ces 12 produits a été effectuée en recoupant le relevé des prix de vente chez les distributeurs locaux avec celui des prix d’importation issus de la base des Douanes. Sans entrer dans les détails, il ressort de cette analyse que les marges fluctuent considérablement d’un produit à l’autre, oscillant entre 20 et 65 %. Il en va de même au sujet de l’écart de prix entre La Réunion et la métropole avec une moyenne évaluée aux alentours de 39 % (nul pour l’un des 12 produits sélectionnés et de 250 % pour un autre dans notre département).

Le rapport préconise notamment la création d’une centrale d’achat entre bailleurs sociaux qui pourrait permettre de réduire significativement le coût des matériaux dans le logement social.

L’absence de données disponibles sur les coûts de distribution et la comptabilité des négociants est une limite de cette enquête. L’incapacité des maîtres d’ouvrage contactés dans le cadre de cette étude à fournir un détail de prix suffisant pour permettre de faire le lien entre le coût des matériaux et celui de leur incorporation dans la construction de logements en est une autre.

L’accès à ces données devrait permettre de disposer d’une meilleure vision pour la passation des marchés publics. Comme préconisé dans la dernière partie de cette étude, ce constat ne peut qu’inciter à mettre en place un observatoire des prix réellement capable de suivre le détail des coûts des matériaux du BTP et son évolution afin de mettre fin à une méconnaissance actuelle extrêmement préjudiciable dans un secteur en crise.

A noter également parmi les autres actions proposées par les auteurs de ce rapport : la création d’une centrale d’achat entre bailleurs sociaux qui pourrait permettre de réduire significativement le coût des matériaux dans le logement social, ou encore la mise en place d’une antenne de certification à La Réunion offrant ainsi la possibilité d’importer les matériaux directement et à moindre coût des pays producteurs.



De l’importance des besoins en logement

Une population qui continue d’augmenter d’environ 10 000 personnes par an, projetant le million d’habitants à horizon 2030.

80% des ménages éligibles à un dispositif de logements aidés (social, intermédiaire en accession ou en locatif) et 62% ménages éligibles au logement social

Des besoins en logements nouveaux de 9 000 unités par an (5000 en logements sociaux)

Des besoins pour la réhabilitation des anciens (25000 logements considérés comme insalubres en 2015) dont la moitié concernée par le désamiantage.

2014 : 29 000 ménages étaient demandeurs d’un logement locatif social dont 7500 déjà dans le parc locatif social- Taux faibles de vacances et de rotation dans le parc social.



Données générales sur le marché de la construction

Une production de logements moyenne depuis 3 ans de 7500 logements par an (contre plus de 10 000 entre 2005 et 2008).

L’ampleur des besoins en réhabilitation se heurte à une offre limitée d’entreprises qualifiées pour agir sur des travaux spécifiques.

Le secteur du logement longtemps porté par les lois de défiscalisation, représente aujourd’hui environ 16000 emplois -avant la crise, en 2008, le secteur représentait 26 000 emplois-.

Dans le même temps, le nombre d’entreprises est passé de 2600 à 1600 entreprises en 7 ans, soit un rythme actuel de 300 défaillances d’entreprises par an.

Le marché est polarisé par d’un côté quelques grands donneurs d’ordre qui maîtrisent les filières industrielles et de l’autre des TPE / auto entrepreneurs, avec des PME « en voie d’extinction » (disparition ou diminution radicale d’échelle).

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