Carole Navaro, l’art des voyages

Par Céline Delacourt

A l’image de ce portait, Carole est énergique et très drôle. Rentrer chez elle c’est rentrer dans son univers fait d’art et de voyages. Après 2 heures de discussion et de plaisir avec elle, je me suis dit : C’EST CA QUE JE VOULAIS  SAVOIR SUR  Carole Navaro

Christof Dennmont

Carole, je voulais te parler d’un de tes projets de villa que j’ai visité, et maintenant que je vois ton intérieur, ça confirme ton style qui mêle des matériaux très traditionnels comme le calumet tressé et des espaces très contemporains…
C’est ce que j’essaie de faire, même si je n’ai pas toujours les moyens de pousser cette attirance pour les contrastes jusqu’au bout pour des raisons, de sécurité et de la “frilosité” de certains maîtres d’ouvrage .  Ça peut se traduire par l’emploi de rideaux métalliques, de canisses ou calumets en guise de faux pla•fond, des enduits en ciment glacé, des robinets en laiton utilisés usuellement dans les jardins (elle me montre sa maison, ndlr), … et tout cela dans des maisons résolument contemporaines.  Je trouve dommage de transformer l’habitat en coffre-fort alors que l’on se trouve sous les tropiques,  en même temps il faut se prémunir des cyclones…  Je rêve de murs et toitures en feuilles de palmiers comme aux Seychelles… alors je tâche de m’adapter  et de composer.

Tes clients acceptent ce genre de matériaux, parfois pas très rassurants ?
La peur de l’effraction est un vrai fléau ! Et c’est parfois grâce à un budget limité, que l’on peut “caser” : des canisses en sous face de l’isolation de la toiture, des nacos avec lames de bois ou verre (je les trouve très esthétiques et très adaptés, si besoin est, on peut y juxtaposer de belles grilles), des sols en béton légèrement vernis ou même recou•verts d’un réagréage résistant juste peint…

Et tu fais beaucoup de villas individuelles ?
Pas énormément, j’accepte à l’ultime condition d’avoir un coup de cœur pour les personnes qui me contactent. Il faut que l’on soit animés par des envies communes, ça permet d’aller plus loin dans le projet. Je fais aussi régulièrement des bâtiments industriels.

Incroyable !!
Quand je suis revenue à La Réunion, mon diplôme en poche, je connaissais un entrepreneur qui devait faire construire un bâtiment de 1000m2 au Port, il m’a fait confiance et ce fut mon premier projet et chantier; et le début de plusieurs collaborations pour des projets du même type, aussi avec d’autres personnes de ce milieu. C’est drôle parce qu’on imagine pas que tu sois là dedans vu la sensibilité qu’il y a dans l’architecture de tes villas Et pourtant, dessiner des volumes simples, utiliser des matériaux comme le béton, la tôle, le polycarbonate ça me plait aussi, et puis les chantiers sont beaucoup plus simples à suivre que pour une mai•son individuelle.  Et puis, j’adorerais me voire confier un projet d’hôtel, c’est en train de germer, je croise les doigts…

Tu travailles sur de gros chantiers alors que tu es seule, Comment fais tu pour gérer le temps ?!
D’abord, j’ai essentiellement une clientèle privée et un groupe d’artisans avec qui j’ai l’habitude de travailler, qui connaissent mes attentes. Ca me permet de travailler dans un climat de confiance et de gagner du temps.

Tu parles avec passion de ton métier, qu’est ce qui te prédestinait à l’archi ?
Rien au niveau de ma famille proche pour qui le cheval est la passion principale.  Par contre, du côté de mes grands et arrière-grands parents maternels, il y a une pianiste concertiste, un photographe et peintre proche de Maurice Denis, un sculpteur…et je me souviens que toutes ces belles choses à voire et à entendre m’ont toujours beaucoup attirées. J’ai mis ça de côté le temps de quitter la Normandie, de découvrir la vie ici et les années de collège et de lycée un peu laborieuses…  Et c’est justement au lycée, que la conseillère d’orientation (hyper compétente, je n’y aurai pas pensé seule) m’a parlé d’écoles d’art et d’architecture et quand j’ai vu les programmes qu’offraient ces écoles j’ai tout de suite su que c’était pour moi.  Mon bac en poche je suis rentrée à l’école d’architecte de Rouen en 91, et après le DEFA, l’école de
Paris la Seine et pour la dernière année, Paris la Villette.

Pourquoi tu n’as pas fait ton DEFA à Saint Denis ?
J’avais très envie de partir et de découvrir le monde !  Quand j’ai mis les pieds à Paris et dans ses musées, ça a été une révélation. Et puis il y a eu Rome, Barcelone, Londres, Prague…

Tu avais soif de découverte et de culture.
Oui, vraiment.

Mais tu es quand même revenue t’installer à la Réunion
Oui, parce que j’aime profondément vivre ici et aussi parce que je connaissais des personnes qui étaient prêtes à “miser” sur moi.  J’ai eu des commandes très vite et je n’ai pas eu à travailler en agence.
Je me suis lancée tout de suite à mon compte.

Tu as donc, tout appris sur le tas
Mon premier rendez vous de chantier a été très angoissant, j’ai tout de suite sû qu’il fallait bien s’entourer ! D’ailleurs je ne sais pas si je le referais maintenant !

T’es plutôt du style fonceuse
Quelques idées et ne pas trop se poser de questions ! Je sais où je suis compétente et là où je le suis moins. Pour cette part là je m’entoure des bonnes personnes. J’ai des images en tête, très précises de l’esprit que je veux donner aux lieux. Selon les endroits, selon les clients, je propose des “catalogues d’ambiances”.  Je suis une grande consommatrice de livres et de revues que j’archive depuis longtemps et je communique beaucoup en images.

 

L’ART

Tu adores l’art, tu es une “aficionado”, mais est ce que tu pratiques ?
Non, du tout, je suis très amateur mais je ne pratique pas. Rien du tout !! J’adorerais, mais honnêtement je ne suis pas très douée, un peu de photos. Mon truc c’est plutôt de créer des atmosphères, avec une amie on est en train de monter un “laboratoire d’ambiances”.

Tu es plutôt mécène?
Disons que je m’intéresse et j’achète si ça me plait. D’ailleurs, cet après midi, je vais acheter une toile inspirée du travail de Jean-Michel Basquiat, pour laquelle j’ai eu un coup de cœur. J’ai aussi une grande toile de Rio Palm dans ma chambre que j’adore . Les deux grands tableaux, au dessus du canapé, sont de Michelle Giscloux que j’ai découverte au Palaxa.  C’est vrai que j’essaye de trouver, de découvrir de nouveaux talents, et si je peux, j’achète. 12 Et puis j’ai quelques dessins hérités de mes grands parents de Hartung, Viera da silva et d’autres moins connus.

Et le design aussi?
Les standards que j’aime particulièrement sont à la maison. Mon premier achat a été la lampe Pipistrello de Gae Aulenti. [On déambule dans la maison] Les chaises Panton, le rocking chair et des chaises de Charles Eames …. Le fauteuil Barcelona de Mies van der Rohe dans la chambre d’amis.

VOYAGE, VOYAGE

Penses tu que de venir t’installer à l’autre bout du monde à 11ans t’a donné le goût du voyage et de l’aventure ?
C’est vrai que la Rivière Saint Louis en 1982, c’était déjà l’aventure ! Et puis ici, c’est fait de pleins de morceaux de pays, à tous les niveaux.

Ta décoration inspire l’évasion, tu voyages beaucoup ?
J’adore ramener des choses des endroits dans lesquels je vais. J’affectionne particulièrement les objets et tissus africains. J’ai pas mal bougé avant d’avoir les enfants, des magnifiques souvenirs du Zimbabwe, de
l’Afrique du sud, de Madagascar…et comme ils grandissent, on va pouvoir repartir avec ou sans eux. Prochaine escapade, Paris dans 15 jours, juste pour flâner! et être dans des hotels comme  j’aime: le Mama Shelter fait par Philippe Starck et le Meurice…  La tête de taureau en osier, le tableau de corrida, tes origines espagnoles t’inspirent ? Effectivement, il y a ces éléments, mais à coté, on trouve des masques africains, des vanneries, un bouclier indonésien, du design.  Tout ce que j’aime est ici, pas un style plutôt qu’un autre, juste un mélange…

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architecte des bâtiments de France