Architecture est paysage

Les Journées du Patrimoine sont de retour samedi 20 et dimanche 21 septembre 2014. Elles mettent cette année à l’honneur les jardins et plus largement les paysages de l’île mais aussi de l’océan Indien. Ce sera l’occasion de s’interroger sur la production des paysages et de la ville au sein d’un espace qui partage un peuplement, des cultures, des climats, une palette végétale.

Etang de Bois Rouge © Kamboo

Etang de Bois Rouge (Saint-André)

L’habitat et sa juxtaposition qui fondent la ville ont longtemps été un moyen de se protéger d’un environnement et d’une nature hostile. La ville fortifiée en est le plus bel exemple, où la nature, en dehors de son expression minérale, est souvent quasi inexistante intra-muros.  Cela n’a cependant pas empêché la constitution de paysages identitaires extrêmement forts.

Une opposition dépassée

Il ne s’agit donc pas d’opposer le végétal au minéral mais bien de saisir que l’architecture qui « est le jeu, savant, correct et magnifique des volumes sous la lumière », et par extension la ville, sont des composantes fondamentales de nos paysages.

Si j’insiste ici sur ce point c’est qu’il me semble que l’on tente trop souvent aujourd’hui, d’opposer la notion de paysage, forcement naturel —et d’essence « divine »—, au construit, fabriqué par l’homme.

J’en veux pour preuve cette notion de lisières urbaines qui fait florès aujourd’hui. Elles tentent d’isoler la ville par un cordon sanitaire, forcement planté, qui aurait pour vocation de protéger la nature de cette excroissance tumorale qu’est la ville, alors que les espaces agricoles sont devenus d’une indigence extrême en terme de biodiversité au point où l’espace urbain apparait comme un refuge pour la faune et la flore.

L’évolution de la conception du paysage

Le rapport à l’espace naturel et à l’expression du monde végétal est à réinventer dans nos villes et il s’agit plus de s’interpénétrer que de se protéger et de se retrancher.

Réintroduire des espaces végétalisés jusqu’au cœur de nos cités dans un ensemble tramé et continu, magnifier l’espace public sous tous ses aspects doit être le credo des urbanistes, architectes et paysagistes.

Cette préoccupation est d’autant plus essentielle ici où la transformation des paysages qui accompagne l’urbanisation de notre territoire s’est faite sur un temps très court.

Le rôle de l’architecte

Les parcs, souvent appelés « poumons verts des villes », sont aujourd’hui des lieux stratégiques et convoités. Il convient de les faire prospérer et les mettre en réseau pour créer ces nécessaires corridors « verts et bleus ».

De nouvelles pratiques et usages sont aussi à développer. Les jardins partagés et l’agriculture urbaine permettent d’agir sur la ville, de la réhumaniser, d’établir des contacts entre les individus autour d’un ouvrage commun.

Savoir mettre en valeur ou redécouvrir les forces d’un site, les éléments naturels ou anthropiques qui le composent, est une préoccupation de l’architecte. Il doit être suivi par les commanditaires et les édiles, premiers acteurs du fait urbain.


Rodolphe Cousin

Rodolphe-Cousin @ Laurent Capmas