AH, le collectif qui n’a pas peur du petit projet

Ils sont 9 architectes du Sud, “quatre filles et cinq mecs”, qui ont décidé de se regrouper en association pour partager leurs idées mais aussi reconquérir le marché de la maison individuelle, abandonné depuis longtemps aux constructeurs. Oui, le petit projet peut être viable et enthousiasmant. Monika Sigalin et Catherine Duriez, deux membres du collectif, nous font partager cet enthousiasme.

AH architecture: Christophe Cosson, Franck Lafille, Denise Guillot, Yvon Laurelut, Olivier Collette (à l’arrière plan), Didier Le Lec, Catherine Duriez, Monika Sigalin, Stephanie Morantin
Christophe Cosson, Franck Lafille, Denise Guillot, Yvon Laurelut, Olivier Collette (à l’arrière plan), Didier Le Lec, Catherine Duriez, Monika Sigalin, Stephanie M.

Comment est née l’idée de vous regrouper en collectif ?

Catherine Duriez : Moi j’étais toute seule dans mon coin et je déprimais un peu. Didier Le Lec, qui est mon ami et voisin (et architecte !) me dit: “allez viens ! allons voir d’autres copains, des archis à Saint-Pierre.” Et ça a commencé comme ça, par un déjeuner, c’était sympa. On a parlé d’architecture.

Monika Sigalin : “On s’est rencontré régulièrement pendant plusieurs mois, tous les vendredis. Et petit à petit il y a des envies communes qui ont émergées.”

Catherine Duriez : L’histoire, c’est qu’on ne les a pas cherchées ces affinités, elles sont venues d’elles-mêmes. Elles existaient mais deux par deux, trois par trois. Elles se sont juste connectées entre elles.

L’idée, c’était de créer un espace de discussion, de sortir de sa solitude d’architecte indépendant ?

Catherine Duriez : Notre métier est le plus beau du monde parce que nous l’avons choisi. Mais il est difficile, nous avons beaucoup de responsabilités, et comme tout métier de création, c’est un métier de doute. Alors, quelquefois, c’est juste de pouvoir prendre son téléphone ou de rencontrer un confrère pour lui dire: “Qu’est-ce que tu penses de ça”, ça fait du bien.

Monika Sigalin : Ce qu’on a en commun, c’est la façon d’exercer notre profession d’architecte, l’envie d’être proche des gens, de démocratiser l’accès à l’architecte, une profession qui est mise sur une espèce de piédestal au point que les gens finissent par dire : l’architecte, ce n’est pas pour moi…

Catherine Duriez : Un comble tout de même… Alors, l’idée, c’était aussi de s’organiser pour aller chercher ces projets qui souvent nous échappent : les petits projets notamment de maison individuelle.

Cabanne, Ermitage, Studio A architectes
“Cabanne”, Ermitage, Studio A architectes

Enfin des architectes qui se tournent vers le marché de la maison individuelle !

Catherine Duriez : Oui mais pas seulement, on n’est pas uniquement focalisé sur la maison individuelle mais c’est vrai que ça tourne autour du petit projet genre rénovation, extension, transformation. C’est plus une question d’échelle.

Monika Sigalin : Il n’y a pas lieu de cracher sur un petit projet. Il joue son rôle comme les autres dans le paysage et c’est à ça qu’on a été formé !

Encore faut-il trouver un modèle économique, souvent les architectes ne veulent pas du petit projet qui est chronophage et peu rémunérateur…

Monika Sigalin : Oui, c’est le problème, le petit projet prend beaucoup de temps et n’est pas forcément très rentable.

Catherine Duriez : Il est évident que dans ce genre de projet, pour être viable, on est plus proche de 20% du montant des travaux. Mais qu’est-ce que c’est pour un projet de construction qui est souvent un projet de vie ? C’est une question de communication avec le client. C’est pour ça qu’on a créé des outils de travail. Le principal outil a été de mettre en place une grille commune d’honoraires qui est fonction du budget et du degré de complexité du projet. On a une grille très complète qui va du conseil jusqu’à la mission complète en passant par le permis de construire. Si on prend le temps de lui expliquer, le client comprend l’intérêt de notre travail et la plus-value que l’on apporte par rapport à un constructeur ou dessinateur.

Bungalow Maya , Denise Guillot architecte
Bungalow Maya , Denise Guillot architecte

Christophe Cosson (qui s’est invité à la discussion) : A ceux qui préfèrent économiser sur l’archi et prendre un dessinateur, j’ai envie de leur dire: vous vous rendez compte, vous préférez ne pas prendre les conseils d’un professionnel, tirer un trait sur un projet sur mesure pour une maison dans laquelle vous allez vivre quasiment toute votre vie !

« Il y a bien longtemps que les architectes ont laissé le champ libre aux constructeurs. Mais ça ne sert à rien de râler. Il faut proposer une alternative »

Catherine Duriez : On lutte contre cette foutue loi des 170 m². Qui normalement est une dérogation, mais qui est devenue la norme. “Ta maison fait moins de 170 m² ? Super, t’as pas besoin d’archi!” Voilà où on en est rendu, comme si l’archi est une contrainte, comme si c’était réservé aux riches ! Quand on calcule, on n’est pas plus cher.

Monika Sigalin : Il y a bien longtemps que les architectes ont laissé le champ libre aux constructeurs. Mais ça ne sert à rien de râler. Il faut proposer une alternative, parce qu’il y a une demande !

Catherine Duriez : Oui, il faut se battre, occuper le terrain. C’est pour ça d’ailleurs qu’on a pris un stand au Salon de la Maison cette année. On est allé voir les constructeurs, on a vu leurs prix, à prestation égale, on est au même prix !

Monika Sigalin : Il y a plein de gens qui nous disent : vous êtes chers. Comment ça ? On construit avec les mêmes matériaux, les mêmes entreprises, les mêmes fournisseurs. Même si je soupçonne que certaines entreprises surestiment les devis parce que c’est un archi. “Ho là, pour cette archi les CCTP font quinze tonnes : 10 à 15% de plus !”

SDM AH 02
Le collectif avait un stand au salon de la maison.

Est-ce que le Salon de la Maison vous a amené des commandes?

Monika Sigalin : Disons que ceux qui sont venus nous voir seraient venus nous voir en agence. Mais il y a des gens avec qui on a pu parler, avec qui on a pu communiquer sur notre métier. Ce n’est pas pour autant qu’ils feront la démarche tout de suite de prendre un architecte. Mais peut-être plus tard… Il y a un gros boulot d’information à faire sur notre métier.

Catherine Duriez : On a interpellé pas mal de gens. Donc c’est positif pour nous. On a eu quand même beaucoup de contacts après. C’est un grand pas pour nous. Et on récupère quelques affaires.

Christophe Cosson : Mais il y a du boulot ! Quand on sait que 90% des projets déposés en mairie sont des projets de maisons individuelles, c’est presque 100% des projets qui sont laissés aux non professionnels. Et quand tu vois les constructeurs de maisons individuelles ne cachent pas pour dire : si vous avez une construction plus importante que 170 m², c’est pas grave, on a des architectes ! Et ils sortent des noms.

Maison D, Saint-Benoît, Christophe Cosson architecte
Maison D, Saint-Benoît, Christophe Cosson architecte

Des signatures de complaisance?

Monika et Catherine : Il faudrait peut-être que nos instances fassent le ménage…

Catherine Duriez : Oui, la maison individuelle, c’est potentiellement beaucoup plus créatif. En logement social, aujourd’hui c’est tellement normé.

Monika Sigalin : Ce qui est dramatique, c’est qu’aujourd’hui, on standardise, on ne fait plus que répéter des schémas. Il y a une absence de réinvention. Le vrai challenge, c’est que les gens se rapproprient leur maison, qu’ils ne se laissent pas faire. Et on est là pour les aider!


Entretien:
Laurent Bouvier

 

 

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